Le « Prix européen du jazz pour la nouvelle génération » du Festival de jazz de Burghausen, décerné pour la première fois en 2009, a offert un spectacle exceptionnel dès sa première édition. Le public a immédiatement acclamé le quartet du jeune saxophoniste Evgeny Ring comme de véritables stars de la pop, pendant et surtout après leur prestation. Ce succès a incité le jury prestigieux à décerner le prix du « Meilleur soliste », catégorie créée spontanément, au batteur Dominique « Gaga » Ehlert. Né à Rostov-sur-le-Don, Evgeny Ring s'est installé à Leipzig en octobre 2007 pour étudier le saxophone au prestigieux Conservatoire de musique et de théâtre. Grâce à sa nature sociable, il s'est rapidement fait des amis parmi ses camarades et en a choisi trois pour former un quartet. Sous le nom d'Evgeny Ring Quartet, ils souhaitent exprimer leur vision musicale du monde à travers un son d'ensemble authentique, fruit d'une symbiose entre les cultures russe et allemande, avec le précieux soutien de leurs professeurs Johannes Enders et Richie Beirach. Avec plus de 60 concerts (dont un à Burghausen où ils ont également conquis le public du Double Moon, véritable découvreur de talents) et une tournée russe, ils se sont fait un nom sur les scènes jazz allemande et russe. En 2011, le Evgeny Ring Quartet présente son premier album, « Ya Tashus ». Le morceau d'ouverture, « Ya Tashus », qui donne son nom à l'album (et signifie « J'en suis fou » en russe), fascine par le contraste entre le jeu de piano épuré et accentué de Sascha Stiehler et une rythmique complexe. Le son clair et ample du saxophone du chef d'orchestre plane au-dessus. Et voilà, on est déjà conquis par l'univers du Evgeny Ring Quartet. Un univers bien loin de la philosophie du « toujours plus haut, toujours plus vite, toujours plus loin », qui mise sur l'effet d'ensemble plutôt que sur la technique pure. Pour cela, il faut des maîtres du genre. Et c'est une réussite éclatante sur « Ya Tashus ». Dans le paisible « On The Verge », Dominique Ehlert, d'ordinaire si électrisant, joue de la batterie avec une retenue extrême, en parfaite harmonie avec l'ambiance. Surtout (ou plutôt en filigrane), plane un son de contrebasse d'une singularité particulière : doux, ample, clair, présent et discret, autant d'attributs qui sied à merveille au jeu de Philipp Rohmer. Ils connaissent Kurt Weill, Thelonious Monk et Bill Evans, et bien sûr Miles Davis. La seule composition qui ne soit pas de leur plume sur ce premier album est « Nardis » de Miles (composée pour Cannonball Adderley, mais jamais enregistrée par lui-même). Pourtant, le Quatuor Evgeny Ring interprète ce « Nardis » comme s'il venait de Scandinavie. C'est là toute la particularité du Quatuor Evgeny Ring : lorsqu'ils utilisent des oeuvres d'autrui, c'est d'abord comme une exception, ensuite comme une oeuvre originale. Cette exception n'est pas nécessaire, car Evgeny Ring et Sascha Stiehler prouvent leur grand talent de compositeurs. D'ailleurs, il n'y a absolument rien de répréhensible à accompagner le groove entraînant en claquant des doigts et en suivant la complexité rythmique d'un hochement de tête, même si ce n'est pas forcément en rythme. On parle en connaissance de cause.
Pays d'Origine : INCONNU
Rédigez votre propre commentaire