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Ferrare, 1943. Alors qu'il se rend à bicyclette à son poste de nuit, Felloni est pris par erreur dans une embuscade fasciste. Sans comprendre ce qui lui est arrivé, le jeune homme se retrouve couché dans la neige, blessé, parmi d'autres agonisants.Dans ce temps indistinct entre la vie et la mort, Felloni se rappelle l'époque où il n'était qu'un enfant de cinq ans à la naissance du fascisme. Il courait dans les rues de Ferrare, effrayé par les chants de propagande. Chez lui, on n'aimait pas les fascistes, on le disait souvent. Son père les appelait " les rats ". Le parfum de la cuisine de sa mère remonte à sa mémoire, le gâteau aux châtaignes, l'odeur du tabac de son père. Il se souvient aussi de Sandra dont l'amour lui fait oublier la guerre, Sandra la future mère de ses enfants. Dans cette confrontation avec un passé tour à tour radieux ou sombre, deux histoires s'écrivent en même temps, celle de la vie et celle de la mort, celle de la joie simple que sans cesse tentent d'étouffer les ténèbres de l'absurdité politique.Autour de Felloni et des fusillés, dans la neige, se déroule un étrange ballet : la belle Anna rentre d'un rendez-vous amoureux, épiée par son mari derrière la fenêtre ; le jeune Cinzio crie sa haine, poursuivi par sa mère éplorée.Michèle Lesbre, en s'emparant de ce personnage de Felloni, qui apparaît fugitivement dans une nouvelle de Giorgio Bassani, Une nuit de 1943, écrit un texte intense et poétique sur l'absurdité de cette mort par erreur, sur l'absurdité de cette vie s'enfonçant dans les ténèbres et la neige alentour.Comme des réponses à ses visions à elle, les dessins de Gianni Burattoni viennent souligner l'étrangeté de la situation, jouant sur toutes les gammes du gris comme pour dire de la pointe de la plume les brumes angoissantes du delta du Po et les souvenirs d'une époque tragique.