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Christophe Beauregard porte un nom qu'on dirait prédestiné à la photographie. Mais comme tous les beaux regards, si le sien séduit, c'est qu'il est trouble et nous inquiète. La série qu'il a consacré aux SDF est tellement vrai qu'il est faux. Ces hommes et ces femmes sont des acteurs, les stigmates de la dèche sont du maquillage, et leurs habits salis, des costumes. Sur l'année 2006, Christophe Beauregard a effectué des repérages, organisé les prises de vue, discuté du "personnage" avec les acteurs. La mise en scène peut à tout le moins étonner, voire indigner, quand on voit qu'à longueur de trottoir, il suffit de se baisser pour photographier pour de bon toute la misère du monde. Beauregard aurait pu classiquement effectuer un reportage sur les sans-abri mais il estime que son engagement aurait été moindre : "Faire des photos de sans-abri, d'accord je peux, et j'arriverais à les vendre si l'actualité le permet. Et puis après ? Je laisse retourner ces femmes et ces hommes à leur saleté, à leurs souffrances ? D'un point de vue moral, je ne suis pas sûr que ça soit très clair non plus.Gérard lefort - Libération