La question de savoir si les big bands feront un jour leur retour est récurrente dans le monde du jazz depuis les années 1950. À l'origine, elle exprimait simplement la nostalgie des années d'or du swing, qui, bien sûr, ne reviendraient jamais - le rock, la soul, le disco, le funk, le rap et autres genres musicaux ayant pris le pas sur la musique de danse et de club pour la jeunesse du monde entier. Cependant, au cours des dernières décennies, les big bands ont connu une sorte de retour, même si leur rôle a évolué. Le big band d'aujourd'hui n'est plus seulement l'accompagnement de la danse et des soirées romantiques, mais l'équivalent jazz de l'orchestre symphonique. Il offre aux jeunes musiciens l'opportunité de perfectionner leur art, tout en permettant aux compositeurs et arrangeurs de créer de la musique pour un ensemble plus important que le quartet ou le quintette de jazz traditionnel. C'est précisément dans cette double optique que l'Orchestre de Jazz du Concertgebouw a été fondé. En 1995, de jeunes musiciens de jazz néerlandais de renom ont sollicité le pianiste et arrangeur expérimenté Henk Meutgeert pour la création d'un big band. L'orchestre donnait un concert bihebdomadaire le dimanche soir au célèbre Bimhuis d'Amsterdam et acquit rapidement une renommée nationale. En 1999, il changea de nom, passant de New Concert Big Band à Jazz Orchestra of the Concertgebouw, preuve supplémentaire de la haute estime dont jouissaient l'ensemble et son chef. Dès le départ, Henk Meutgeert souhaitait que l'orchestre soit constamment mis au défi par des solistes et des compositeurs invités, issus de tous les styles de jazz. Parmi les grands noms nationaux et internationaux, citons Benny Golson, Chick Corea, Branford Marsalis, Lee Konitz, Toots Thielemans, Jimmy Heath, Ack van Rooyen, Rita Reys, Cedar Walton, George Duke, Richard Galliano, Trijntje Oosterhuis, George Coleman, Roy Hargrove, Joe Lovano, Joe Henderson, Han Bennink, Johnny Griffin, Misha Mengelberg et Dee Dee Bridgewater. L'énergie et la créativité de Meutgeert n'ont d'égal que sa générosité. Il laisse à ses musiciens une grande liberté pour contribuer et interpréter leurs propres compositions, comme en témoignent les récents albums du JOC. L'album « Blues for the Date », avec des compositions du pianiste Peter Beets, a remporté un Edison Jazz Award en 2010. Deux ans auparavant, le guitariste Jesse van Ruller avait eu l'opportunité d'enregistrer sa musique avec le groupe sur l'album « Silk Rush ». Aujourd'hui, un troisième musicien du JOC, le trompettiste Jan van Duikeren, présente ses compositions sur l'album « Scribblin' », que j'espère que vous écoutez en ce moment même. D'une certaine manière, ce CD marque une nouvelle étape dans l'évolution du groupe. Jan van Duikeren puise son inspiration non seulement dans la tradition jazz, mais aussi dans la scène musicale actuelle, d'une grande diversité. On y entend ainsi des rythmes contemporains (comme dans le morceau d'ouverture « Black, White & Brown ») alterner avec des rythmes bop swing (« Happy Quick Licks »), le tout parfaitement orchestré par le jeu de batterie magistral de Martijn Vink. Il ne faut surtout pas oublier les contributions de Henk Meutgeert et Rob Horsting, auteurs des arrangements inventifs des thèmes de Van Duikeren. Sans oublier les solos impressionnants de Peter Beets, des saxophonistes ténor Simon Rigter et Sjoerd Dijkhuizen, de Joris Roelofs à la clarinette basse, du tromboniste Bert Boeren et du guitariste Martijn van Iterson. Van Duikeren lui-même est bien sûr le soliste le plus présent, confirmant ainsi ses propos tenus lors d'une récente interview : « Je joue avec autant de rythme que le batteur. » Alliant une énergie explosive à un romantisme contemplatif, « Scribblin' » ravira autant les amateurs de jazz traditionnel pour big band que les jeunes auditeurs tournés vers l'avenir. Ce CD ne laisse aucun doute : le big band est bel et bien de retour.
Pays d'Origine : INCONNU