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Le premier groupe de mélodies sur des textes de Ludwig Rellstab débute sur un ton insouciant et exalté : un air de printemps flotte dans l'air. Dans « Frühlingssehnsucht », le désir naissant est illustré avec éclat par des images de la nature, comme le ruisseau argenté et murmurant - une évocation d'une vitalité splendide. Mais bientôt, les nuages obscurcissent l'horizon : le ruisseau se transforme en un torrent impétueux d'émotions négatives. L'euphorie cède la place à la déception. L'exaltation s'estompe : on entend des adieux, teintés d'une amertume palpable. Dans le groupe suivant, sur des textes de Heinrich Heine, l'histoire reprend son cours : moins exaltée, plus distante, et avec une amertume encore plus vive à la fin. Nous avons choisi d'ordonner ces mélodies selon une succession significative qui commence par l'éveil de l'amour et aboutit rapidement à sa disparition brutale. S'agit-il d'amour, ou seulement de désir ? Pourquoi tout semble-t-il si insatisfaisant et douloureux à la fin ? Les jeunes filles de la mer sont-elles si naïves qu'elles ne perçoivent pas les qualités admirables du poète ? Sinon, pourquoi tout finit-il toujours mal ? « Mon coeur est comme la mer : il y a des tempêtes, des flux et reflux, mais au fond, on trouve de nombreuses perles magnifiques. » Ce passage recèle-t-il la clé ? Avec une franchise joyeuse, celui qui aspire à l'épanouissement commence par admettre sa tendance à la fantaisie et à la séduction. Il se sent ballotté par ses émotions comme par les marées. Insistant, il désire ardemment gagner la confiance de la jeune fille - mais elle devrait plonger très profondément pour trouver une perle aussi belle. À la chanson suivante, les deux se dévisagent, complètement désemparés. Les larmes coulent en silence, et la séparation est déjà amorcée. « Et oh, je n'arrive pas à croire que je t'ai perdue », entend-on dans l'avant-dernière chanson. Celui qui cherche sans jamais atteindre sa destination, sans jamais obtenir la rédemption ni le retour au foyer, souffre finalement de sa propre nature. Le « monde de souffrances » qu'il doit endurer n'est autre que son propre désir inassouvi : le désir d'être aimé et d'aimer. Le CD se termine par Die Taubenpost, qui se suffit à elle-même tout en résumant allégoriquement ce que toutes ces chansons ont en commun : le désir. (Andreas Bauer Kanabas)