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" Dans "Les Mots", Sartre raconte l'histoire d'un fou enfermé à Sainte-Anne, criant dans son lit qu'il est le prince, ordonnant qu'on mette le Grand-Duc aux arrêts. Les infirmiers s'approchent de lui et lui disent à l'oreille de se moucher. Puis ils demandent au malade quel est son métier. Celui-ci répond qu'il est cordonnier. Sa voix s'apaise un instant mais soudain il se remet à crier, il se prend de nouveau pour le prince. Sartre conclut cette anecdote en disant que nous sommes tous comme cet homme, sempiternels cordonniers qui se rêvent princes. Sur le modèle de cette petite histoire, écoutons cette autre : un écrivain est seul dans une pièce. La pénombre s'est faite autour de lui. D'où vient cette obscurité, on l'ignore. Est-ce la cécité du vieil homme, la solitude à laquelle toute oeuvre qui fut grande est condamnée par ceux qui lui survivent, les malentendus qui entourent une pensée trop mobile et trop réfractaire ? Toujours est-il que la silhouette est désarmante et qu'elle se met soudain à murmurer : "Je suis le Diable". On s'approche, on est un peu effrayé, on demande : "Qui est là ?". On s'habitue à l'ombre ou une lumière a fait son apparition, on ne sait pas, mais toujours est-il qu'on voit un homme au visage jovial. C'est Jean-Paul Sartre, l'homme qui a voulu rêver qu'il était le Diable. " -- "In "Les Mots", Sartre tells the story of a madman, imprisoned in the Parisian mental hospital, Sainte-Anne. He's lying in his bed, yelling that he is the prince, giving orders for the arrest of the Grand Duke. The nurses draw near him and whisper in his ear that he ought to blow his nose. Then they ask him his trade. He says he's a cobbler. His voice grows calm for a moment but he begins to shout again, he thinks he's the prince. Sartre ends the anecdote by saying that we are all like that man, eternal cobblers who dream of being princes. Bit here's another story in the same vein: A writer is alone in a room. Darkness gathers around him. Where it comes from, we do not know. Is it because of the old man's failing eyesight, or the solitude to which all great works are condemned by those who survive them, or the misunderstandings that surround a philosophy that's too mobile and intractable? In any case, the pathetic figure begins to murmur: "I am the Devil'. We take a closer look, we are a little afraid. We ask: "Who's there?'. Have our eyes grown accustomed to the darkness or did a light go on just then? We don't know, but now we see a cheerful-looking man. It is Jean-Paul Sartre, the man who wanted to dream of being the Devil.'