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La première démo de Zëro, avatar de Bästard!, lui-même issu des Deity Guns (initiateurs du mouvement post-rock français) a déjà 10 ans et « San Francisco » est leur 5e album. Un album rouge... comme il existe des white albums ou des black albums. Un album majeur dans une discographie, dans l'histoire d'un groupe. Le style est là, reconnaissable entre tous, unique, mais la rupture est fascinante. A l'image de la pochette, présentant trois individus assis sur une banquette, les visages sont effacés, seulement fusionnés par les taches du mur décrépit devant lequel ils posent. Comme une image inversée de l'hydre grecque - ou plutôt du cerbère, ce chien à trois têtes, gardien des Enfers - il y a ici trois corps, trois musiciens d'exception, trois individualités qui fusionnent et s'épanouissent en une tête unique, un son. Car Zëro joue désormais en trio et le groupe y gagne en cohérence. Les titres s'enchainent et se succèdent, fluides, malgré la complexité des arrangements et la multiplicité des références - filmographiques ou musicales -, sur les deux faces s'entremêlent violence contenue et atmosphères tendues. Tout au long de ce trip de 35 minutes on se plait à se laisser aller à ces fulgurances qui frappent l'oreille comme le stroboscope imprègne la rétine et qui sont depuis toujours l'identité du groupe. Mais là ou « San Francisco » surprend c'est dans ses titres presque pop (au meilleur sens du terme, comme les Feelies ou Wire furent d'immense groupes pop), avec cette nonchalance dynamique, faussement laidback, qui donne envie de sauter dans la bagnole, auto radio à fond, et de filer sur cette route du bord de mer. Enfin, entrecoupant, résolvant ou sublimant ces plages, l'unité de l'album tient surtout par ses passages de tensions contenues à la fois psychédéliques et noise, aux ambiances torves, rappelant leurs dernières apparitions en trio lors des lectures de Virginie Despentes. Et c'est tout naturellement que le trip s'achève à « San Francisco », le titre qui donne son nom à l'album... dont on aurait aimé qu'il se termine sur un lock groove, afin de prolonger indéfiniment ce moment ou toute tension se résout, s'étire et s'absorbe enfin en une sensation de sérénité et de plénitude.