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«Au CM2, Dominique nous dispensa des travaux manuels du début d'année. Il commença à nous appeler «les grands» et nous considérions que c'était bien ce que nous étions, même si c'était relatif, parce que nous avions des âges compris entre onze et seize ans. Nous étions les grands des petits, mais qu'importait cette appréciation, nous pensions vraiment être des grands.Vers la fin de l'année, l'ambiance adolescente que nous avions vécue et aimée semblait nous échapper, à moi et mes camarades plus jeunes. Nous surprenions des conversations d'adultes par rapport à des sujets sensibles sur les relations filles-garçons, qui nous troublaient car nous n'avions à notre disposition aucun instrument pour gérer ces informations. On me demandera alors pourquoi nous aimions et recherchions la présence des filles. Je ne savais vraiment pas pourquoi, mais je me contentais de ce sentiment diffus de bien-être quand nous étions ensemble et estimais que c'était suffisant.Les examens de fin d'année eurent lieu au mois de Juin et la cérémonie marquant la fin de l'année scolaire eut lieu à la fin de la deuxième semaine du mois de juillet. Comme les autres années, cet évènement regroupait élèves, parents d'élèves et enseignants. Mais, cette année-là, rien n'attira mon attention. Ma tête était déjà ailleurs. Disons-le, j'étais déjà hors de Ziniaré, dans un collège de Ouagadougou, la capitale.Ce fut alors que me vint une équation à laquelle je n'avais pas pensé : qu'adviendrait-il de mes relations avec Ama, Issa, Dénis et Michèle?? Je ne pouvais m'imaginer un seul instant vivre dans un environnement où ils n'étaient pas. À cela s'ajoutait que je devais me séparer de ma cousine, que j'aimais. En posant les différentes inconnues de cette équation, l'euphorie d'aller vivre à Ouagadougou diminua en intensité.» En composant ce récit, Idé OUEDRAOGO a pensé aux écoliers du monde entier, mais avant tout à ceux de toutes les promotions de l'école de Ziniaré, dans leur naïveté de conquérir un monde qu'ils pensaient leur devoir tout, surtout qu'ils pouvaient compter avec l'aide des bonnes volontés qui étaient leurs guides. Qu'importe si cela devait aboutir à un rêve réalisé ou à un cauchemar, la frontière entre les deux est de toute façon mouvante. Succès et échecs sont les deux faces d'une même réalité, la vie, celles auxquelles même des élèves adolescents dans un village africain n'échappent pas.