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Que peut faire un écrivain lorsqu'il se penche sur un personnage ou un sujet d'histoire ? Mettre au service de l'histoire son sens du récit, de l'intrigue, de la personnification : on pense à Jean Giono racontant la bataille de Pavie, à Paul Morand fasciné par les ors de Fouquet (FH n° 7) ou bien encore aux grandes dramaturgies de Zoé Oldenbourg (Le Bûcher de Montségur FH n°23, Catherine de Russie n° 14 ou bien encore Les Croisades n°172). Mais lorsque les historiens buttent sur une énigme, sur l'apparemment incompréhensible, par exemple, comment et pourquoi, en Thermidor, Robespierre au faîte de sa puissance refuse de combattre l'offensive anti-terroriste et se laisse si facilement abattre par ses opposants coalisés, cinquante jours après l'apothéose de la fête de l'Etre suprême, que peuvent leur apporter l'intuition de la littérature, les outils de la fiction, la grammaire du romanesque pour dénouer ce qui retient, empêche les historiens ? La réponse est doublement apportée par Jean-Philippe Domecq, dans un texte inédit sur « Que fait la littérature à l'Histoire ? », complément à la reprise du texte, précédemment paru dans la collection « Fiction & co » au Seuil, en 1984, Robespierre, derniers temps. Un ouvrage qui avait alors reçu grand écho, parce que l'écrivain vivait de l'intérieur les interrogations de Robespierre et de ses contemporains : Robespierre usera-t-il des pouvoirs dont il dispose, galvanisera-t-il la résistance et la contre-offensive de ses partisans ? Faut-il, pour y répondre, se placer au plan individuel d'un homme politique qui a conscience que plus rien ne peut arrêter le cours terroriste de la suspicion généralisée ou bien au niveau collectif où la peur de chacun devant de nouvelles menaces par Robespierre cimente un courage collectif visant à ramener la Révolution sur ses rails ? Quand la crise du pouvoir mêle éthique et mythes, la littérature fait preuve d'une plus grande clairvoyance introspective que l'historien rivé à ses archives.