Un liminaire, bref, de deux pages, ouvre chaque n° de la revue NUNC. À l'occasion des 15 ans de la revue, nous réunissons l'ensemble de nos liminaires qui portent sur l'urgence de dépasser la déconstruc- tion, l'essoufflement de notre modernité, les questions de la langue et du langage, ou encore la foi et la prière, sur la notion de commencement, etc.Le point de vue du théoLogien r obert s ChoLtus : « Nunc, une revue liminaire. C'est précisément cette modestie du liminaire que je voudrais sa- luer, cette façon de se tenir au seuil, de rechercher des points de vue et non pas de collecter des opinions, d'ouvrir des perspectives et non pas de tenir des positions idéologiques. C'est cette modestie liminaire qui lui permet toutes les audaces et toutes les ambitions, celles d'être une revue agonale, poétique, politique, historique, charnelle, spirituelle, religieuse, littéraire, intérieure, européenne et j'en passe, bref une revue totale (« Nous voulons tout ») tant « nous sommes las des entassements ... fatigués des émiettements qui dissèquent l'homme » (n° 4, p. 5). Préférant les griseries de son espérance à « la grisaille de la métaphysique démocrate », Nunc prend la liberté de congédier les précautions épistémologiques et le cloisonnement des genres pour répondre à l'urgence du maintenant : « Nous ne pouvons nous offrir le luxe suicidaire des discours et des métadiscours, des palimp- sestes infinis, du narcissisme bien ordonné ... » (n° 3, p. 4).2) Je reviens au titre : Nunc. Un vieil adverbe latin venu du fond des âges antiques pour dire cette urgence du présent . Mais sans s'attarder à la fastidieuse désignation du temps présent, sans céder à ce sociologisme ambiant qui tient lieu de pensée, Nunc détermine un lieu, un hic, un point d'appui pour la pensée dans un monde désormais sans fondement. Un Nunc qui est à rapprocher du Jetztzeit de Walter Benjamin, un à-présent messianique qui interrompt le cours de l'histoire pour y introduire du neuf.De vouloir répondre aux exigences du présent n'a pas fait de Nunc, jusqu'à ce jour, une revue énervée, même si elle ne refuse pas la polémique. J'y ai plutôt entendue la voix d'une « inquiète patience » qui se déploie en espérance.3) Nunc est-elle moderne, anti-moderne, ou postmoderne ? Sans doute est-elle indifférente à cette question. Et cette indifférence lui donne assez de liberté pour prendre des leçons de modernité auprès des antimodernes dont Maritain disait qu'ils étaient des ultra-modernes pour ne pas se soumettre aux diktats de la mode et refuser de prendre la pose du désenchantement postmoderne.4) Ni moderne, ni anti-moderne, ni postmoderne, Nunc est contemporaine, non sans savoir que nous ne sommes jamais entièrement contempo- rains les uns des autres. Etre contemporain non pas en manifestant bruyamment son appartenance à l'époque, comme les publicistes, mais à la manière du poète qui se tient dans « l'entre-deux de ce qui n'est plus et de ce qui n'est « pas encore » pour « y instaurer le poème comme un lieu critique, articulatoire, en décryptant et recryptant le sens pour proposer une « nouvelle donne ». J'emprunte ces mots à J-Michel Maulpoix qui définit le poète comme « un être qui se retourne », pas seulement vers le passé, mais comme se retourne dans son lit celui qui cherche le sommeil.« Au poète, dit-il, de froisser le lit de l'époque, ou, pour mêler les métaphores, de retourner l'époque comme on retourne la terre d'un jardin avant d'y planter ». N'est-ce pas aussi en ce sens que Nunc est une revue poétique ?