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Quelques mois à peine après son sublime « Carnegie Hall », Ani Difranco nous offre un très beau cadeau estival avec ce « Reprieve ». Album minimaliste, Ani et son bassiste Todd Sickafoose assurent tous les instruments à eux seuls ce qui surprend à la première écoute tant le son est riche ! Il faut pour cela saluer le producteur Mike Napolitano, qui a su retranscrire de façon très intime la musique du duo, en enregistrant dans l'appartement de la chanteuse notamment, mais aussi en assurant un mixage incroyable avec une foule de sons étranges ! Des pompes à vélo, des appareils électroniques, des jouets et divers instruments dont un Omnichord, autant de prises de son ramenées par la belle pendant son exil forcé après l'évacuation de la ville, une façon de rendre belles des choses qui ne devraient pas l'être à la base, ainsi qu'elle le définira elle-même. Le résultat enchante et intrigue l'oreille, chaque chanson recelant quelques petits détails uniques et étonnants, sans pour autant détourner l'auditeur des textes de la demoiselle, toujours partagés entre histoires personnelles et engagements politiques. Mais elle sait s'énerver aussi. Preuve en est ce « Decree » plein d'urgence qui menace d'exploser à chaque fin de phrase , ou bien « Half Assed » et sa guitare toujours à la limite de la saturation, et bien sûr « Millenium Theater », le titre phare de cet album qui enfonce un clou de plus dans le cercueil gouvernemental qu'elle prépare avec patience depuis l'arrivée de Georges Bush à la Maison Blanche. « New Orleans bides her time » chante-t-elle de manière assez prophétique, cette chanson ayant été écrite longtemps avant le drame et la cruelle inefficacité des autorités américaines à le gérer. Ani Difranco est retournée finir son « Reprieve » là où elle l'avait commencé dès que la ville a été libérée de son blocage et a choisi ce morceau pour nommer son album, un slam flamboyant sur le thème du féminisme et de l'avortement, sujet brûlant dans son pays en ce moment. Ce n'est pas innocent : elle nous dit que la liberté c'est pouvoir choisir, que ce soit pour son corps, sa religion ou son gouvernement et cette idée se retrouve dans chaque chanson de ce disque brut et direct, véritable étendard brandi par l'infatigable new-yorkaise qui n'est décidément pas prête d'arrêter de nous surprendre.