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Raspoutine, c'était un personnage de la Russie blanche. C'était aussi le surnom qu'on donnait à Ferdinand, le clochard qui s'était installé devant la boulangerie. C'était pas un bon endroit pour faire la manche : dans le quartier, on roulait pas sur l'or. Il avait le nez aquilin, les cheveux hirsutes et le regard acéré, un peu fou, qui faisait peur aux petits. Mais il n'avait pas d'état civil, pas de maison, pas de famille. Il vivait dans la rue ou dans les foyers. Il se moquait des adultes mais jamais des enfants. Il ne se prenait pas au sérieux ; je me souviens des batailles de boules de neige... et puis il est mort. La vie a continué sans lui, mais peut-être qu'il a été quelqu'un d'important pour plusieurs d'entre nous, les enfants du quartier. Avec ce portrait d'un sans-abri, Guillaume Guéraud ne se contente pas d'aborder le thème de la misère. Sans mâcher ses mots et sans didactisme, il décrit à travers ce personnage, la vie à la fois totalement libre et périlleuse de ceux qui n'ont pas droit au chapitre. Toujours avec cet esprit d'impertinence, il place les enfants et les clochards dans le même sac : celui de la subversion. Sur ce très beau texte, Marc Daniau recrée l'ambiance des quartiers populaires et dresse le portrait fascinant de Raspoutine. Il n'est peut-être pas un hasard que le personnage de Ferdinand fasse référence aux romans de Céline. Un album qui peint une image de ce monde qui n'est pas parfait, mais dans lequel les individualités hautes en couleur existent, dans les souvenirs des gens et dans leurs récits, au-delà de leur disparition pour la société.