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Aux antipodes du lamento des écrivains du ressentiment, comme à ceux du ronron des tenants de la littérature d'ameublement que l'on commencera par définir ici, ce livre se voudrait avant tout une méditation fervente et combative sur ce que les grands textes, ces splendides trompe-la-mort, transmettront toujours de liberté et de révélation. Pour que cette acception de la littérature prenne tout son sens, il était nécessaire de lui donner corps dans l'évocation d'oeuvres qui ne cessent de nous stimuler, de nous instruire en vitalité, de nous bouleverser. Autant que par les gouffres, Cioran a promu la connaissance par l'Histoire. Mandiargues a mis au point une affolante et magistrale éroscopie. Carlo Michelstaedter a pensé, dès le début du xxe siècle, aux ravages qu'encourait le monde si celui-ci en venait à vider les mots de leur sens. Victor Tausk a vu de quelle psychose la terre se globalisant allait être la fabrique. Linda Lê, l'onirocrite, a l'absolu pour terre d'accueil. Annie Le Brun écrit le feu de la vie et l'ombre qu'elle sait faire au soleil. Jünger a démontré qu'il n'est rien de tel pour voir loin que de prendre de la hauteur. Giono, en nous délivrant l'inclassable Roi sans divertissement, nous invite à quelques spéculations sur le nouveau visage du Mal. La lecture des Géants constitue l'occasion de prendre la mesure de l'ampleur des premiers livres de Le Clézio. On se permettra enfin quelques réflexions sur le feu sacré du Style. Parce que l'expression est riche de résonances, qu'elle définit une vigilance sereine, une sûreté de jugement et d'initiative en un moment d'urgence, parce que les temps qui viennent nous semblent aussi passionnants que périlleux et qu'à l'inverse du triste sire de sinistre mémoire qui sortait son revolver en entendant le mot « culture » nous sortons notre culture dans un paysage de revolvers, il nous a paru juste d'articuler ensemble des oeuvres qui, toutes, font preuve d'une admirable « présence d'esprit ».