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L'exécution de Troppman » Au mois de janvier de cette année, me trouvant à Paris, à table chez un de mes amis, je reçus de Maxime Ducamp l'invitation tout à faitinattendue d'assister à l'exécution de Troppmann. Il ne s'agissait pas seulement de son exécution ; Ducamp me proposait de me faire mettre au rang des rares privilégiés autorisés à entrer dans la prison même. On n'a pas encore oublié le crime horrible commis par Troppmann ; mais, en ce temps-là, Paris s'intéressait autant, sinon plus, à lui et à son exécution prochaine, qu'au nouveau ministère pseudo-parlementaire, qu'à l'assassinat de Victor Noir tué de la main du prince Pierre Bonaparte si étonnamment acquitté depuis. Dans toutes les vitrines des photographes, on voyait des rangées entières de portraits qui représentaient un jeune gaillard, au large front, aux petits yeux noirs, aux lèvres lippues. C'était l'illustre assassin de Pantin.Depuis plusieurs nuits de suite, des milliers de blousards se rassemblaient dans les environs de la Roquette, pour voir si on n'allait pas monter la guillotine, et se dispersaient seulement après minuit. Pris à l'improviste par l'invitation de Ducamp, je ne réfléchis pas longtemps et j'acceptai. Une fois ma parole donnée d'être au rendez-vous, près de la statue du prince Eugène, au boulevard du même nom, à onze heures du soir, je ne voulus plus la reprendre. Une fausse pudeur m'empêcha de le faire. Si on allait penser que je manque de courage ! Pour me punir moi-même et donner un enseignement aux autres, je veux maintenant raconter tout ce que j'ai vu, revivre par le souvenir toutes les pénibles impressions de cette nuit. Peut-être la curiosité du lecteur ne sera pas seule satisfaite ; peut-être trouvera-t-il quelque utilité dans mon récit. «