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Christine Mathieu s'est plongée dans l'art de la coiffe et de la dentelle normandes pour constituer le corpus de l'ouvrage PARURES.Travaillant à partir de pièces originales conservées dans des musées tels le musée Eugène Boudin à Honfleur, le musée de la dentelle d'Alençon ou l'École dentellière d'Argentan, elle a photographié ces coiffes sur fond noir. Comme il était impossible de les faire porter, pour des raisons évidentes de conservation, c'est après coup qu'elle photographie de jeunes modèles. Elle les réunit ensuite virtuellement, réactivant, comme par une présence fantomatique, la dentellière d'antan à la condition des femmes d'aujourd'hui.Car l'intérêt de Christine Mathieu pour la production dentellière, désormais éteinte, se déplace sur la condition sociale des femmes dont le destin est lié à l'histoire de la dentelle.Avant d'être réalisé à la chaîne, l'art de la fabrication de la dentelle a permis aux femmes de l'aristocratie d'exprimer leur créativité brimée par un système social dominé par les hommes et, paradoxalement, par leurs créations, de séduire et de valoriser le statut social de leurs maris.L'attraction extraordinaire exercée par la qualité de ces ouvrages a élevé la dentelle au premier plan des produits de luxe. Les conséquences commerciales de cet engoument ont été considérables, particulièrement pour l'Italie, la France et les Flandres. À travers l'Europe, des milliers de jeunes filles ont été mises au travail, dans des conditions souvent très pénibles. La qualité de leur savoir-faire mais aussi leur soumission sociale ont permis aux classes privilégiées, en contribuant à la qualité de leurs atours, de s'éblouir entre elles.Ce travail féminin raffiné et acharné a donc paradoxalement perpétué une domination masculine.