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Publié d'abord dans des revues littéraires en 2003 et 2004, Pathologies a été connu du grand public grâce à sa publication sur Internet et salué à l'unanimité par plusieurs vétérans de la guerre, ainsi que par la critique littéraire, avant même sa parution sous forme de livre. Le personnage principal, Egor Tachevski, réserviste pendant le conflit tchétchène, évoque trois périodes de sa vie : sa participation à la guerre, son amour pour Dacha dans le monde « civil » et son enfance. Ces deux dernières lui servent de bouclier contre les horreurs de la guerre au sujet de laquelle il ne se fait pas d'illusions : c'est une injustice, une boucherie où s'il ne tue pas le premier il sera tué à son tour. L'auteur décrit la relation sulfureuse d'Egor et de Dacha et la vie des soldats russes dans leur QG, une école près de Groznyï. Séquence par séquence, les deux parties du roman se déroulent parallèlement. Les soldats russes s'installent tranquillement dans l'école, prennent leurs marques, découvrent la ville. Quelques missions sont effectuées sans trop de difficultés. Mais le premier coup tiré engendre une riposte, le premier camarade tué est vengé par l'exécution des Tchétchènes. C'est un engrenage. Pendant que la violence va crescendo, la jalousie est omniprésente dans la relation d'Egor et de Dacha. Elle lui révèle l'existence d'un journal dans lequel elle décrivait ses relations avec ses amants précédents. Entre deux dérives, les flash-back de l'enfance servent de refuge et d'accalmie au lecteur. Mais ils ne pourront pas atténuer le point culminant de deux « pathologies ». Deux scènes achèvent le roman : Egor est au centre d'un massacre qui suit la prise de son QG par les combattants tchétchènes ; sa relation avec Dacha se termine par une crise de jalousie aiguë durant laquelle il saccage leur appartement à la recherche du fameux journal. La narration atteint ici une puissance extrême dans laquelle l'émotion de l'auteur est palpable sans être envahissante. Prilepine termine en assommant le lecteur, son écriture dévaste, laisse sans voix. La délivrance est terrible, le point de la fin est une dernière balle tirée et un dernier baiser. Dans ce roman chacun pourra tirer ses propres conclusions, trouver des drapeaux à défendre et clamer des réquisitoires. L'auteur est loin de prendre position : il narre la guerre. Et sa justesse de ton, sa langue concise et ses images fortes donnent une belle oeuvre littéraire.