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Comme dans Travaux, comme dans tous ses livres, Georges Navel exprime dans Passages la vérité de sa vie par la vérité de l'art.Navel se retourne ici sur son enfance et son adolescence, sur le dur passage à travers les troubles de son siècle. En août 1914, son père est manoeuvre depuis trente-cinq ans aux Fonderies de Pont-à-Mousson. «P'pa, l'Allemagne a déclaré la guerre à la France !» crie joyeusement l'enfant en apportant à son père le panier du repas. C'est un grand malheur, mais pour l'ouvrier et pour l'enfant ce seront aussi - drôles de vacances - les «grandes vacances». Le petit Goerges assiste au départ des mobilisés, participe à un convoi d'enfants envoyés en Algérie par la Croix-Rouge, puis retrouve ses parents à Lyon. Il est si impatient de quitter son enfance et de rejoindre les «grands» qu'il abandonne l'école et s'embauche à l'atelier où travaille son frère René. «J'avais verrouillé moi-même le carcan qui pesait sur mon épaule.» Mais le prisonnier du travail allait conquérir sa liberté, par ces beaux livres où Giono saluait «cette patiente recherche du bonheur qui est la nôtre, exprimée avec une bonne foi tranquille».