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Ouvriers des mers est une oeuvre d'attention. Sans doute l'auteure renoue-t-elle avec la longue fascination pour les ports, et singulièrement les ports marchands, et pour les lointains dont tant de « marines » ont été la traduction. Mais ici, rien de la rêverie si souvent convenue dont la littérature, la poésie ou la peinture nous ont nourris : les lointains ont changé de coefficient, pour ainsi dire, en se rapprochant de nous. Ils témoignent d'abord d'un effort et d'un travail hu-mains, dont Sophie Balso décrit la puissance sur les corps et les vies.Tous les noms de navires marchands dont ses textes déploient dans la page la capacité de suggestion, loin de se perdre en elle, désignent avant tout l'oeuvre et les manoeuvres humaines qui se déroulent sur ces « géants des mers » et dans le port qui les accueille : leur rappel litanique invite à suivre l'auteure dans la des-cription précise, à la fois admirative et lucide, des gestes et de la teneur des vies ; et ces « marins » qu'elle envisage retrouvent une dimension épique préci-sément parce qu'ils sont soumis aux rythmes et à l'anonymat des grands échanges capitalistiques : l'appareil des machines immenses sert ici à révéler tout autre chose - la permanence obstinée et démunie du visage humain.Tenir dans la même main tous les prestiges du voyage et la dure réalité du tra-vail, répondre à la tentation facile des premiers par l'attention à des êtres bien réels et à un port précis, celui du Havre, voilà l'équilibre propre de ce texte, dont la sobriété ciselée interroge notre façon de vivre - et de consommer - sans voir.