Au fait, Chico Freeman est de retour. Après quelques années d'absence des studios d'enregistrement, mais une activité accrue sur les grandes et petites scènes, notamment aux États-Unis, en Amérique centrale et du Sud et en Europe, il a enregistré un nouvel album studio, fruit d'une longue période de maturation et de préparation. La composition et le peaufinage des arrangements lui ont pris des années. Il a cherché la formation idéale pendant des mois et, une fois trouvée, il a dû modifier une ou plusieurs chansons, car de nouveaux musiciens ont rejoint le projet de manière inattendue. Bien que l'idée de départ fût de créer un album afro-cubain aux fortes influences urbaines et, bien sûr, jazz, ce projet s'est enrichi de nombreuses inspirations nouvelles grâce aux musiciens invités et à ceux qui sont arrivés presque par hasard. Cela ne signifie pas pour autant que Chico ne connaissait pas ses invités ; il a collaboré avec Hilton Ruiz (piano) sur de nombreux projets d'enregistrement et concerts. Il en va de même pour Avery Sharpe (basse), avec qui il a joué pendant un certain temps au sein du groupe McCoy Tyners. Terreon Gully (batterie), Chembo Corniel (congas/percussions) et Pibo Marquez (congas/percussions) ont également collaboré avec Chico sur scène à de nombreuses reprises, dans le cadre de projets très divers (Pibo Marquez a d'ailleurs sorti un album solo chez Double Moon Records cette année !). Romero (guitare flamenco) a apporté sa contribution, un élément que Freeman a pu étudier lors de longs séjours en Espagne. Quant à Akil Dasan (chant rap), un ami de Chico originaire de Manhattan et interprète hip-hop très respecté, il met une fois de plus en lumière le lien entre jazz et hip-hop. Un collage aléatoire, reflet de l'air du temps ? Ce reproche est infondé dans le cas de Freeman. Lui aussi place le « principe de l'expérience » au-dessus de tout, et puise dans un trésor d'expérience que peu de musiciens de sa génération peuvent égaler. Né le 17 juillet 1949 à Chicago, fils du saxophoniste Von Freeman, il grandit dans un environnement musical familier et développe très tôt son propre style. Après des collaborations ponctuelles avec Memphis Slim et Junior Wells, il étudie auprès de Muhal Richard Abrams et entre en contact avec l'AACM. En 1976, il s'installe à New York et participe à de nombreux projets avec Elvin Jones, Sam Rivers, Sun Ra et l'AACM Big Band les années suivantes. Il joue également avec Bobby McFerrin et Wynton Marsalis. Parallèlement, il découvre très tôt la musique latino-américaine et joue avec Irakere, Chucho Valdés et Tito Puente. Dans les années 80 et 90, il est notamment connu pour ses participations à des formations comme Roots et Brainstorm, tout en menant ses propres projets au sein de Black Saint, India Navigation et Black Hawk. Il tourne depuis des années avec le Reto Webers Percussion Ensemble et a enrichi son expérience des rythmes africains et asiatiques (« Face to Face », Double Moon Records DMCHR 71018). Et voici maintenant « Oh, by the way », également chez Double Moon Records. L'album s'ouvre sur le titre funky et percussif « Rhythm of the Cane », qui invite l'auditeur à un voyage sonore à travers un univers chatoyant de sonorités variées, sans jamais le perdre. Le lien entre ces sonorités est notamment le son inimitable du saxophone de Chico (qui contribue également par moments avec des sons de clavier et des samples !). « New African Village » conserve son côté funky, mais avec une touche jazzy indéniable. « Mambo Rap », première contribution d'Akil Dasan, est un mélange fantastique de rythmes cubains et de chant audacieux, l'esprit de Manhattan condensé en 3 minutes et demie. « Guitar » évoque des expériences vécues en Espagne et le souvenir de la musique de « Carmen ». Le morceau suivant, « La Luna », se résume même à un magnifique duo saxophone-guitare. « El Mensaje » nous ramène outre-Atlantique, s'inspire des sonorités cubaines et y ajoute une touche funk. De retour en ville : « Business as usual » prouve (s'il en fallait une) la compatibilité entre hip-hop et jazz. La mise en rythme ingénieuse des textes d'Akil Dasan est accompagnée et « interprétée » avec brio par Chico und Romero. « Once again » est un autre titre aux percussions accentuées, dont la mélodie, portée par le saxophone et la guitare à l'unisson, a tout pour devenir un standard. « 541 » tire son nom de la salle où Chico enseignait l'improvisation à la New School et se caractérise par des changements de tempo surprenants et un traitement mélodique fascinant. « La Marqueta » nous transporte dans l'ambiance animée d'un marché du Spanish Harlem à Manhattan, tandis que la vieille ville de San Juan à Porto Rico est mise à l'honneur dans « Viejo San Juan » (compositeur : Andrew Monroe-Trice). Le morceau de clôture est un remix réussi du titre « Business As Usual », déjà connu, avec cette fois un caractère nettement moins acoustique que dans sa version originale. Au fait : ne ratez surtout pas cet album !
Pays d'Origine : INCONNU
Année de Sortie : 2001