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Combien de lecteurs, même réputés cultivés, au nom de Panaït Istrati (1884-1935) froncent un sourcil circonspect : le nom en question leur dit quelque chose, non, ils n'ont pas lu. Et si l'on se risque à leur assener qu'il s'agit là d'un grand écrivain français du XXe siècle et même d'un despremiers génies de ce siècle tout court, ils prennent l'air de celui à qui on ne la fait pas et laissent dire...Alors qu'ils lisent !Linda Lê, fervente « istratienne », a rassemblé ici (et présenté sans tiédeur) en deux volumes de près de mille pages chacun, l'OEuvre quasi complète du vagabond roumain qui avait décidé à trente ans de raconter le monde et sa vie en français, et qui fut salué jusqu'à nous par l'enthousiasme de ses pairs - Romain Rolland, Kessel, Kazantzakis, Claudio Magris aujourd'hui. Soit une quinzaine de titres - romans ou contes autobiographiques, c'est pour lui tout un - qui ne cessent de proclamer à la face du ciel une pouilleuse et princière insoumission, nés dirait-on sur l'improbable frontière où se joindraient l'itinéraire de Jack London et celui de Shéhérazade. Ce que Kazantzakis pensait d'Istrati: « Tu es la flamme, tu comprends tout ce que la flamme peut comprendre ; ta mission n'est pas de faire des théories de papier mâché, mais de brûler. Tu brûles, et tu es brûlé, tu accomplis, comme très peu d'âmes sur cette terre, ton devoir de flamme. » Et ce que pensait Kessel :« Vagabond, débardeur ou contrebandier - peu importe ce qu'il fut. Voici l'essentiel : il a gardé le souvenir des étoiles qui ont veillé sur son sommeil inquiet, il a su démêler dans la poussière des grands chemins son grain ardent. A travers toute la misère et la fatigue il a porté, intact, un coeur d'homme (...)« Panaït Istrati compose - comme il a vécu - en état de grâce. Il a cette sagesse de l'Orient sur laquelle on a tant écrit et dont l'essence nous demeure étrangère, sagesse qui a des yeux neufs d'enfant et une sérénité qui semble venir de plusieurs vies, ajoutées l'une à l'autre. Elle seule permet de découvrir sans cesse le monde en même temps que de le pénétrer. Elle seule peutdonner à la fois le sentiment du prix merveilleux des choses et de leur vanité. »