Presque quinze ans après la première édition en français moderne des Essais de Montaigne et après le succès de l'édition au format de poche, nous sommes convaincus qu'un traitement analogue de la langue peut être appliqué à l'un des plus grands poètes de la langue française :François Villon. Mais si le rajeunissement de la langue est ici aussi nécessaire, voire davantage (car il s'agit d'une langue en pleine gestation, le poète ayant vécu de 1431 à 1463 environ), il est plus ardu non seulement du fait de l'ancienneté de la langue, mais surtout parce qu'il s'agit là de poésie, et que les vers, si l'on tient et l'on tient à respecter la métrique, la rime, et l'ensembledes règles qui font que la poésie n'est pas de la prose, ne peuvent être «rajeunis» selon les principes mis en oeuvre pour les Essais de Montaigne. Si le système des équivalents modernes de mots obsolètes [entre crochets et en italique] a été maintenu, il est ici forcément accompagné d'un certain nombre de notes infrapaginales, réduites au strict nécessaire, mais dont ne pouvait faire l'économie, notamment pour ce qui concerne le décompte des pieds de certains mots, dont la prononciation est différente de l'écriture. D'autre part, le respect absolu de la rime nous empêche, bien entendu, de moderniser en «ai» (j'étais, il était) l'orthographe des verbes aux désinences en «oi» (j'étois, il étoit), ainsi que d'autres anciennes formes qui, placées à la rime, doivent êtremaintenues telles quelles.Quoi qu'il en soit, et nantis d'un apparat critique plus volumineux que celui des Essais , le Lai, le Testament et les Poésies diverses de François Villon gagnent à cette quasi-traduction, car fond et forme, chez ce grand poète, sont indissociables, et parce que la beauté de la musique, tout à fait réelle, ne doit pas nous cacher le sens, qui, chez Villon, est toujours de première importance.Quant aux ballades en jargon et jobelin, nous les présentons avec le même rajeunissement de l'orthographe, mais sans chercher à en proposer une «traduction», ces deux mots signifiant langage artificiel, artificieux, en tout cas strictement impénétrable aux non-initiés, et les tentatives d'explication jusqu'ici réalisées n'étant que des conjectures, des à-peu-près n'offrant aucune certitude.
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