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Lorsque Senancour publie, en 1804, Obermann, ce roman par lettres monodique et mélancolique passe inaperçu, ou presque. C'est la Génération romantisme qui va le découvrir, près de trente ans plus tard ; Sainte-Beuve, George Sand, Liszt y entendent l'annonce de leurs tourments métaphysiques, de leur élan vers l'idéal, de leur goût pour la haute montagne et pour la solitude. Senancour n'avait-il pas défini, dans un fragment prophétique, ce qu'était l'" expression romantique " ? Cependant, si l'écrivain fut heureux de se voir enfin reconnu, il n'acceptait pas sans réserve le romantisme flamboyant de 1830. Il profite alors de cette gloire tardive, pour entreprendre une édition de ses "Œuvres complètes" qui ne vit jamais le jour. Mais des exemplaires préparés par lui avec des annotations manuscrites permettent de savoir quel était le texte définitif qu'il désirait laisser à la postérité. Cet ultime Obermann, que nous publions intégralement ici pour la première fois, est-il en recul par rapport à celui de 1804 ? Nous ne le croyons pas. Si Senancour, infiniment scrupuleux, corrige jusqu'à la fin ce qui lui semblait excessif dans la première version de son roman, ce n'est certes pas le signe d'un reniement, mais au contraire d'un désir d'atteindre un romantisme plus pur dans une incessante recherche de l'absolu.