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Ce recueil, écrit dans une prose dense, sinueuse, complexe, qui n'est pas sans évoquer les grands récits du romantisme allemand, regroupe huit récits allégoriques révélant une parenté avec l'univers de Kafka.Ces histoires s'articulent autour du motif de la « nourriture » au singulier et au pluriel, de la faim au sens physique et au sens existentiel. À la réalité matérielle de l'aliment s'unit la portée symbolique de sa consommation. Et chaque fois, l'appétit et son assouvissement se révèlent destructeurs pour l'individu, pour le groupe, pour le monde qu'ils habitent.Centrale, la nourriture n'est pas subsistance, mais fardeau, ordure ou horreur. Dans la nouvelle-titre, elle échoue à nourrir et ne réjouit qu'en venant à manquer. Dans «L'enclos", elle relève du rituel cannibale et engendre une nausée. «Le mange-mort» présente, sur le mode satirique, une société qui accède à un progrès ravageur en jetant ses morts en pâture à une machine.Les personnages sont anonymes, presque invisibles, souvent mécaniques et grotesques, réduits à des rituels ou à des relations. L'individu se résorbe dans l'autre ou dans le collectif, jusqu'à l'effacement volontaire.Un univers glaçant, une vision « politique » de notre société, mais où l'humour, à froid, est central et seul salvateur. On pense à la formule de Beckett : « Rien n'est plus drôle que le malheur. »