C'était en 1993. L'incendie a duré six nuits. La Villa, le club aujourd'hui disparu de la rue Jacob à Paris, accueillait le quartet de Jean Toussaint (un puissant sax ténor britannique venu avec son propre batteur, Mark Mondésir). Pour compléter le quartet, le programmateur du club, avait convoqué le pianiste Jean-Michel Pilc, repéré auprès d'Eric Le Lann, et Thomas Bramerie, contrebassiste d'une intelligence jamais prise en défaut. Sur le papier, c'était déjà du solide. Mais, rien ne pouvait laisser prévoir la déflagration qui allait se produire dès les premières mesures. Ce mélange franco-britannique allait effectivement s'avérer hautement explosif. Avec, dans le rôle des artificiers, Pilc et Mondésir. Deux fils de la foudre qui se sont reconnus au premier éclair. Même mélange d'énergie folle et de concentration absolue. Mêmes gestes rapides et précis, échanges de regards, anticipations diaboliques : ce qui se passait entre eux ne relevait plus de la complicité mais de la télépathie. D'ailleurs Pilc confiait à propos de Mark Mondésir : « Ce type est fabuleux. Ça tombe bien, j'adore faire jouer les batteurs. » Pilc le répète sans cesse : il ne joue pas du piano, il joue du trio. Il est à la fois le batteur, le bassiste et le piano. La flèche et la cible. Son obsession : ne jamais faire obstacle à la musique, parvenir à cet état de vide mental où c'est elle qui décide de tout. Pilc - Bramerie - Mondésir : l'alliance s'est scellée durant ces six nuits-là. Un grand trio était né.En 1995, Pilc s'envolait pour New York et tout recommencer à zéro. On connaît la suite : là-bas, il retrouve François Moutin, qui avait été le contrebassiste de son premier disque, « Funambule » et tombe sur un autre prodigieux batteur, Ari Hoenig. Avec ce trio, Jean-Michel Pilc va enregistrer en 2000 au Sweet Basil deux albums qui vont tétaniser la critique américaine, et imposer définitivement le french pianist. Dans la foulée, Dreyfus Jazz lui offre un contrat qui lui laisse toute latitude. Jean-Michel Pilc enregistrera donc en trio (« Welcome Home », 2000), puis en quartet (« Cardinal Points », avec le saxophoniste soprano Sam Newsome, 2003) avant de tenter l'aventure solo (le magnifique « Follow Me », 2004).En 2005, Pilc (ré)active son New Trio (Pilc - Bramerie - Mondesir ), et enregistre un ébouriffant « Live at Iridium ». La critique suit, une fois de plus avec enthousiasme.Mais Jean-Michel Pilc a un problème : pourquoi se priver du plaisir de jouer aussi avec Ari Hoenig ? La réponse à cette question, vous l'avez entre les mains. Pilc y aiguise encore sa vision de l'art du piano. Sur quinze pièces, on compte dix compositions personnelles (superbes), une variation sur un lied de Robert Schumann rayonnant de swing et quatre standards signés George Gershwin, Thad Jones, Duke Ellington, Thelonious Monk. On connaît la passion de Pilc pour ces lieux communs du jazz. Il sait trop bien que c'est sur ces thèmes battus et rebattus qu'on fait la différence. Pour ceux qui n'ont rien à dire, l'épreuve est cruelle. Pilc, lui, a toujours trop d'idées. Comme Tatum, comme Solal, à qui l'on pense souvent en écoutant « New Dreams ».Prenez "But Not For Me", le thème de Gershwin placé en ouverture. Comme tout ce qu'on entend dans ce disque, c'est techniquement prodigieux et un pur régal pour l'esprit. La mélodie, les harmonies ? En un éclair, Pilc les démonte devant vous, les escamote comme l'as du Rubik's Cube qu'il est. Comment fait-il ? Mystère. (En fait, on sait : il travaille son piano. Tous les jours. Du classique, notamment. Beethoven, son Himalaya personnel). Dans Satin Doll flotte aussi le fantôme de Monk et de son 'Round Midnight (pour annoncer Straight No Chaser). Démonter, remonter, reprendre, creuser, connecter (ceci expliquerait-il que ses nouvelles compositions aient déjà des airs de standards ?) à l'infini, c'est la méthode Pilc. Au final ça donne de grandes choses. Un disque comme « New Dreams » par exemple.
Pays d'Origine : INCONNU
Année de Sortie : 2007