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Partant de l'exacerbation actuelle du nationalisme dans différents pays (pour ne pas dire dans tous), la sociologue Sarah Mazouz entreprend ici de déconstruire l'idée de nation en analysant les liens intrinsèques entre ces deux notions qui s'explicite notamment dans l'expression " identité nationale ".Que constate-on actuellement ? D'abord, un retour en force de l'idée de grandeur nationale au service de l'affirmation de la supériorité d'un groupe sur un autre. Cela permet alors de justifier l'exploitation de celles et ceux qu'on définit comme étant hors de la nation, tour à tour menaçant·es et redevables tant elle aurait été capable de générosité. En d'autres termes, affirmer la supériorité du groupe auquel on appartient permet de dire que les autres sont inférieurs en particulier sur le plan politique, économique, culturel et moral, de naturaliser cette infériorité, de justifier par là même leur exploitation tout en rendant indifférent·e à leur éventuelle déshumanisation et aux traitements inhumains qu'ils et elles peuvent subir. À partir de là, il est aussi aisé de capter d'autres richesses et de s'approprier des territoires.Dans le même temps, cette glorification de la nation promeut non sans paradoxe l'entre-soi. Après tout, si la nation est grande, et donc forte, de quoi aurait-elle peur ? Pourquoi l'altérité ou la pluralité la menacerait-elle ? Or à chaque fois que l'on cherche à affirmer la nation, s'énonce une conception univoque de l'appartenance nationale avec l'idée qu'il existerait une identité nationale, qu'elle serait une, définissable et définitive. Cela tient peut-être au fait que le nationalisme et le fantasme d'homogénéité qu'il draine hantent l'idée de nation. Ils feraient alors remonter régulièrement une anxiété statutaire - dont le propre est bien de ne jamais trouver d'apaisement -, tout en faisant croire qu'il existe une réponse simple - celle du repli, de la forteresse et du mépris ou de la haine de l'autre - à ce que produisent non tant des menaces qui pèseraient sur une quelconque identité nationale mais des renoncements successifs à l'exigence démocratique.