« C'est toujours l'oreille qui me guide dans mes choix de textes. Elle et mon désir d'approcher le monde, non plus par de pénibles et souvent bien décevants voyages, mais par des rencontres avec les auteurs et les mots d'aujourd'hui. L'oreille donc, qui m'a conduit hier à Beckett, Pinget, Bernhard, Walser, Lagarce, Chaurette. Et Yves Ravey.De lui, je ne savais rien. J'ai reçu un manuscrit, comme il m'en arrive parfois d'en recevoir, et je m'efforce de les lire, mais cette fois le manuscrit se présentait sous forme d'un hypotexte. 42 pages précisément. La première phrase m'a saisi : « Ma femme a une tête de mort ! », et je suis allé au terme, tout de suite, là où il était écrit : « Ce soir, je ne pourrai pas dormir ! »Et c'est ce qui s'est passé pour moi cette nuit-là. Et le lendemain j'ai appelé l'auteur, professeur de lettres et d'arts plastiques dans un collège de Besançon, je lui ai reproché cette nuit blanche, j'ai ajouté que je désirais mettre en scène son hypotexte, il m'a répondu que je devais attendre la pièce. (...)La pièce, je l'ai reçue quelques mois après. Je n'ai alors pas compris comment, tout en étant aussi éloigné du théâtre, un auteur pouvait en avoir une connaissance aussi intime. Je ne le sais toujours pas.C'est un ovni, Monparnasse reçoit. Trois actes, 73 pages, 7 personnages. Les noms, rien que les noms déjà ! Un, bien français : Eléonore Arpentigny, la propriétaire de l'immeuble. Deux, bien d'ailleurs, des noms clandestins : Andy Zwega et Willa Clausewitz les nouveaux locataires. Mais aussi : Fitch Nantuchet, prétendue star d'Hollywood, Brad Palance, le curé-boxeur de l'église Saint-François-Xavier, Madison, alias le Macchab, un ancien de l'Indo, improbable producteur de la Gaumont, et Madame Kornblique, la couturière, qui exploite quelques immigrés dans son atelier. (...)C'est cet auteur que, avec les comédiens, je vous invite à découvrir. »Joël Jouhanneau
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