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Entre journal de bord d'une prof de banlieue et réflexion humaniste, Mauvaise langue tire le signal d'alarme, s'en prend aux attitudes démagogiques et affirme qu'un jeune qui parle mal est en danger, qu'une société qui laisse sa langue se déliter court le risque de la barbarie. L'auteur part d'un constat fait sur le terrain, dans les classes où elle enseigne : la langue des jeunes s'appauvrit de jour en jour, tant sur le plan du vocabulaire que de la grammaire. Pour un nouveau mot qui rentre dans le dictionnaire (par exemple le verbe « kiffer »), c'est douze verbes qui sont condamnés à ne plus être prononcés par les adolescents, douze nuances qui passent par pertes et profit. Car, la grammaire est un système de lois et de règles et qui les ignore, les malmène, les recompose au petit bonheur, menace le socle commun qui permet aux êtres humains de communiquer et de se comprendre. Le barbarisme est toujours une menace de barbarie. Encouragés par la « mode banlieue » et des supports de communication qui demande rapidité et laconisme (emails, SMS, MSN...), les adolescents parlent une langue appauvrie doublée d'une orthographe minée par la transcription phonétique et s'en vantent car « mal parler fait bien ». Mais c'est si inventif, disent certains, écoutez leurs néologismes, entendez leur musique ! Certes, on peut apprécier, encore faut-il être « bilingue », connaître les règles pour pouvoir s'en écarter, s'évader, inventer à partir d'elles. Mauvaise langue est donc une invitation polémique et constructive au bilinguisme, à ce bilinguisme des jeunes qui ne peuvent pas faire l'économie de la syntaxe et du vocabulaire, sous peine de le payer très cher. Nourri d'anecdotes et de réflexion, ce texte dénonce la démagogie ambiante qui consiste à voir dans toute initiative et dans toute rébellion un acte créatif. Attention, prévient Cécile Ladjali, certaines rébellions ne sont que poses et duperies.