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Ce livre s'ouvre sur l'histoire des Sedeq, une tribu aborigène installée dans une région montagneuse de l'île de Taïwan. Agriculteurs, chasseurs, ces gens furent aussi et surtout de redoutables coupeurs de têtes. Le 27 octobre 1930, suite à une humiliation publique de la part d'un policier japonais (l'île est à cette époque sous domination japonaise), une tribu sedeq passe à l'attaque et utilise une technique traditionnelle pour décapiter cent trente Japonais. Un épisode que la postérité a retenu sous le nom «d'affaire de Musha». Sans attendre, les Japonais ripostent en utilisant leurs armes modernes, et en avril 1931, font décapiter les quelques rescapés sedeq par une autre tribu aborigène. Ce roman s'articule autour de trois niveaux de lecture : En premier lieu, il interroge la légitimité et les raisons d'être des «Evénements de Musha» ; ceux dont Mona Rudao fut l'instigateur, mais également le massacre qui a suivi en avril 1931, connu sous le nom de «Seconds Evénements de Musha». En deuxième lieu, l'auteur retrace son expédition vers le lieu d'origine des ancêtres des Sedeq, un voyage mené par une jeune fille habitant une maison voisine de la sienne au village. Enfin, il consigne ses rencontres et entretiens avec les «survivants» de ce village. «Pendant deux hivers, dit-il, j'ai habité parmi les Atayal (apparentés à la tribu Sedeq) dans « l'île entre deux eaux ». J'y voyais souvent des grues blanches qui survolaient les rizières, et je me promenais dans le parfum des fleurs de pruniers». «Les raisons qui m'ont fait écrire ce livre dit-il encore, sont liées à la liberté de l'existence et à un amour délibérément perdu. » Tout au long de ce livre, Wuhe joue sur l'ambiguïté du mot survie : le mot, qui s'applique aux rescapés d'un massacre peut aussi désigner les années qui restent à vivre. D'une certaine manière, il incite son lecteur à se penser comme survivant d'une catastrophe qui l'aurait éloigné de sa mémoire ou de son humanité primitive. Entraîné par sa prose fantasque comme dans une forêt obscure, ce lecteur franchit ainsi avec lui les crêtes et les torrents et se laisse guider dans ce voyage initiatique, comme s'il remontait à ses propres sources.