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" Le blason de notre famille se compose d'un faisceau de lances d'or assorti de la devise " Je suis d'abord mes propres pas ". Ces lances, ce blason, tout cela peut paraître exclusivement militaire, guerrier, masculin, et cependant je puis t'assurer que parmi les femmes de la famille, nombreuses sont celles qui résolurent de ne suivre que leurs propres pas, avec une liberté souveraine, une aisance et une élégance que pourraient leur envier bien des jeunes femmes de cette fin de siècle. Ma tante Elena de Pikkendorff, par exemple, qui chassait les sous-marins à bord de son bateau-piège, ou lady Zara Pikkendoe, ou encore ma tante Zara..." C'est ainsi que Frédéric de Pikkendorff, lorsque nous avions dix-neuf ans, commença à me raconter l'histoire de sa famille. Il lui fallut cinquante ans pour mener ce récit à son terme. Je ne le voyais pas souvent. Il voyageait à travers le monde pour des motifs que j'ignorais. Il racontait, je l'écoutais, puis il disparaissait à nouveau, parfois pour des années. J'entends encore sa voix : " Est-ce que je t'ai raconté l'histoire de mon oncle Octavius, le margrave d'Altheim-Neufra... de ma tante Maria, la cavalière ? " À ce moment-là, j'aurais tout donné pour être des leurs. Je ne dois pas être le seul dans ce cas. Ce monde-là ne reviendra plus.