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Ariel en journée se tenait au carrefour et tapotait au carreau des automobilistes coincés par le feu rouge, et surtout par leur malaise d'être aussi explicitement sollicités aux frontières transparentes de leur petit royaume fumotant. Il opérait donc en surface le jour, et se réfugiait dans le ventre de la ville la nuit venue. Il collectait surtout de petits cadeaux en nature : un sandwich emballé d'aluminium, une bouteille de coca, quelques bonbons. Désormais, il me lançait de grands « Bonjour, Pilou ! » quand je passais de l'autre côté du boulevard, sans que je ne sache pourquoi il m'avait affublé de ce sobriquet qui me faisait plaisir. Lorsque nous étions sur le même trottoir, nous bavardions de tout et de rien, des quelques trophées que les conducteurs lui avaient concédés ce jour-là, de ses ennuis avec le Mossad, de la villa qu'il possédait à Nice mais dont il avait été spolié, du compagnon de sa fille qu'il avait dû pousser dans l'escalier pour je ne sais plus quelle raison. Il essayait de m'entraîner dans sa folie, je résistais de façon un peu lâche en acquiesçant d'un petit mouvement de la tête, sans le contredire. « Vivre dans la rue est un sport de combat. Le spectacle de ces gens nous est odieux parce qu'on ne veut pas être confrontés à une image de l'humanité qui n'a rien à voir avec celle que l'on se fait de soi », disait Patrick Declerck dans Les naufragés. Avec les clochards de Paris. C'est pourtant une humanité commune, tissée de confiance, de confidences parfois extravagantes, et de petits gestes partagés, qui transparaît à travers les rencontres étonnantes faites par l'auteur dans le métro et les rues de Bruxelles. Il nous les relate dans une langue poétique empreinte d'humour et de tendresse. Empruntant des chemins de traverse, les déroutés agrandissent aussi l'espace de nos vies.