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L'équilibrage défectueux du «San Pedro» lui donne un peu de gîte sur babord, et le capitaine Clendening est un vieil homme malade. Sans doute en faudrait-il davantage pour faire sombrer, au cours d'une tempête assez banale, le puissant paquebot de 17 000 tonnes. Mais seuls Anthony Bradell, premier lieutenant, et la jolie passagère Marilee ont compris que la visite du sinistre Docteur Percival, juste avant l'appareillage, a jeté sur le «San Pedro» un sort fatal. Tandis que la tempête augmente, que les accidents et les avaries se succèdent, les officiers du bord attendent vainement de leur vieux commandant les ordres qui sauveraient le navire, sans qu'aucun d'eux ose les donner à sa place. L'héroïsme de Bradell, la farouche obstination du chef-mécanicien Mac Gillivray, le dévouement du timonier Miro ne serviront à rien. Grièvement blessé, Bradell est descendu à son insu dans l'une des rares embarcations qui réussissent à quitter le bord. Il ne reprendra ses sens que pour voir le «San Pedro» disparaître dans l'océan, emportant avec lui, parmi tant d'autres, Marilee, dont l'impertinence gracieuse cachait un si poignant désir de vivre, et le capitaine Clendening, qu'un tardif sursaut d'énergie maintient très droit sur sa passerelle. Et Bradell, tremblant de fièvre, croit voir se pencher sur lui l'horrible et triomphant visage du Docteur Percival... James-Gould Cozzens a écrit là un récit extrêmement sobre. S'il rappelle Conrad, c'est par l'intensité des descriptions et par cette sorte de fatalité qu'on sent en marche dès les premières lignes et qui suit inexorablement son chemin.