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Le Rire noir dont il est question ici n'est pas une expression courante en turc. Elle est très locale (Diyarbakir) et intimement liée à la mort : le rire noir vous prend lors des veillées funèbres, lorsque l'évocation de la vie du défunt prend le chemin des anecdotes et que le fou-rire vient apaiser la douleur du deuil.L'humour est omniprésent dans les nouvelles de Murat Özyasar, on y rit beaucoup mais sans jamais oublier le drame, la tragédie qui se cache derrière ce rire, et que l'actualité ne cesse jamais, hélas, de nous rappeler. Le rire noir, c'est celui du narrateur de Rideau, qui se demande comment l'on peut rester au monde alors que l'on est mort, mort de l'ennui de vivre dans une ville de province marquée par une « sale guerre » qui n'en finit pas de durer. C'est aussi celui de SixTrenteCinq, jeune Kurde qui fait son service militaire dans l'armée qui combat la guérilla dont son frère est l'une des figures héroïques.Avec ce recueil, Murat Özyasar poursuit son travail sur la langue turque et continue de construire une littérature enracinée à Diyarbakir, sa ville d'origine. Il a grandi dans un contexte où la langue de la maison (le kurde) était interdite et son usage réprimé alors que la langue étrangère, le turc, était imposé de force à l'école. Sa langue littéraire, qu'il définit comme un turc « cassé », se fait le reflet de cette situation en réinventant la parole de tout un peuple qui, pris entre deux langues, n'en maîtrise parfaitement aucune. Cet art de la cassure, Murat Özyasar le maîtrise parfaitement.