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Henriette Jélinek, dans son premier livre, «La Vache multicolore», nous peignait des personnages désespérés mais pathétiques. Dans ce nouveau et très amusant roman, elle montre une face nouvelle de son talent et raconte les aventures d'un homme qui ne déparerait pas la galerie des monstres de Jouhandeau. Si l'on dit que Monsieur Louis d'Harcourt, à la fleur de l'âge, est professeur de lettres au Collège Saint-Georges et au Cours Gustave Flaubert ; qu'il donne des cours particuliers à quelques-uns de ses élèves en mal de bachot, dont la riche situation familiale représente pour lui une source de revenus fort appréciables ; qu'il intrigue auprès de sa jeune collègue, Laure Smith, professeur de mathématiques, pour lui emprunter sa 2 CV d'abord, ensuite une voiture neuve moyennant un système assez douteux de reprise ; qu'il fait une cour de polisson à une vieille antiquaire sentimentale du quai Voltaire dont il entretient les sentiments et les soins en lui promettant le mariage ; qu'il est cependant l'époux de Sylvie cherchant à se consoler d'une vie conjugale désastreuse avec un certain Vincent ; qu'il est le père de Gilles ; qu'il mystifie sa propre mère en s'emparant de son bel appartement afin d'y loger (moyennant finances) quelques élèves en rébellion avec leurs parents ; que toute une suite de mésaventures, manoeuvres, dérobades, complique la situation jusqu'à la rendre inextricable, on n'aura rien dit du tout. Car le charme acide et burlesque du roman, aux dialogues vifs, drôles, réside tout entier dans l'impertinence dont use l'auteur pour éclairer peu à peu la personnalité de l'horrible et délicieux Monsieur Louis. Comme le dit le texte de la dictée qu'il a coutume de donner à ses élèves - et qui se révèle être un auto-portrait impitoyable : « le gentil liseron est un personnage terrible, sans scrupule et sans pitié. Ce que je lui reproche, c'est d'étouffer ceux dont il se sert. »