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Un correcteur reconstruit sur le papier la journée du 11 mars 2004, au cours de laquelle l'Espagne a été touchée par des attentats sanglants. Où Ricardo Menéndez Salmón réaffirme le rôle de l'écrivain dans l'interprétation des événements du monde actuel. Le 11 mars 2004, à Madrid, des bombes explosent dans quatre trains de banlieue qui emmènent les gens au travail. Il y aura cent quatre-vingt-onze morts et un très grand nombre de blessés. Ce matin-là, Vladimir, écrivain raté et correcteur de profession, travaille sur une traduction des Démons de Dostoïevski quand son éditeur l'appelle de Madrid pour lui annoncer ce nouvel acte de terrorisme perpétré par l'eta. Car personne n'en doute, ni sa mère, ni son père, ni son ami intime : il s'agit bien d'un nouvel attentat de l'eta, ce que José Maria Aznar s'empresse de confirmer. Refusant de céder à la sidération qui semble saisir l'Espagne, le correcteur cherche un secours dans l'analyse critique, considérant l'événement sous tous ses aspects. Pour lui, il est évident que ce crime ne peut pas être attribué à l'eta. Les détails ne concordent pas, et un littéraire, contrairement à un politique, sait que la vérité se cache dans les détails. Pour cela, il doit commencer par lutter contre l'émotion dévastatrice par laquelle «cinquante millions d'Africains mourant du sida nous font soupirer mais cent quatre-vingt-onze morts espagnols nous touchent autant que s'ils étaient allongés là, dans le salon». Il cherche aussi à fuir la réalité en prenant exemple sur sa femme, Zoé, restauratrice d'oeuvres d'art, qui peut passer des semaines entières concentrée sur quinze centimètres carrés de peinture. Il se réfugie ainsi dans son travail mais Stravoguine le ramène vite à l'horreur du présent. Par petites touches, le livre dessine une sorte de Weltanschauung (vision du monde) du correcteur qui sait par exemple que «dans chaque minute de la vie se cache une petite coquille qui cherche à passer inaperçue» et qu'il peut éliminer beaucoup d'erreurs mais qu'il est impuissant devant ce 11 Mars, «une erreur ineffaçable inscrite sur le livre de la réalité». Ricardo Menéndez Salmón se plaît à mettre en avant le rôle de l'écrivain dans la société actuelle. Le charme, l'ironie, l'émotion de ses livres ne cèdent en rien à l'esprit critique. Il est de plus en plus proche d'un Villa Matas, d'un Michon ou d'un Sebald.