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Le Cirque de Gus Bofa, réalisé en gravure sur bois, est édité en 1923. Tiré à 448 ex., Le Cirque vise la clientèle des bibliophiles qui ne jurent que par les procédés « nobles » tels le bois et le cuivre et voit apparaître le fameux vert Bofa qui signera par la suite les livres dont il est à la fois auteur et illustrateur, de Malaises jusqu'à La Croisière Incertaine. Bofa y partage l'humanité entre les filous qui agissent et les dupes qui subissent. Le « comique macabre » qui imprègne les planches du Cirque doit beaucoup à Alfred Jarry, inventeur de la pataphysique, à qui il emprunte aussi la graphie et le dépouillement scénique. Un panneau suffit à planter le décor : un train miniature représente tout un chemin de fer, un huissier suggère les palais de la République. Le Cirque dresse le bilan clinique de « cinq années de paix victorieuse », les profiteurs de guerre profitent, les mutilés mendient et le gouvernement bat l'estrade : rationnement, incurie de l'État, crise du logement, corruption de la classe politique et de la presse, rien n'a vraiment changé avec la fin de la guerre. Ce constat désabusé englobe largement le genre humain. Stupides, crédules, cupides, les clowns du Cirque se bousculent vers des désastres annoncés avec un entrain maniaque. Le crayon de Bofa donne vie à des moignons d'humanité et provoque un certain malaise. Le ton peut sembler amer, cruel, voire misanthrope, mais Gus Bofa se contente de renvoyer au public son propre reflet.