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Baiser, le mot est joli qui s'ouvre par une labiale et se clôt sur un soupir.D'aqutant qu'on ne sait trop s'il s'agit du verbe et du nom et qu'à tout prendre la confusion est délicieuse. Du baisemain à l'étreinte, n'y a-t-il pas mille formes de baisers ? Les uns courtois, distants, respectueux, les autres tendres, enflammés, passionnés. A moins... à moins que ce ne soit le même. N'est-ce pas Sacha Guitry qui dit galamment du baisemain qu'il faut bien commencer quelque part ? Bonne question d'ailleurs : où commence le baiser ? Où, c'est-à-dire quand ? A quel moment ? A la Renaissance (sous sa forme actuelle) ? Au Moyen Âge (sous sa forme solennelle) ? Ou bien plus tôt ? Dès l'Antiquité ? Dès le Cantique des Cantiques ? Dès ce jour où Dieu fit naître l'homme d'un baiser ? D'un souffle ? Une chose est sûre, en tout cas : pour le petit enfant tout se joue dès les commencements.Dès cette bouche qui cherche le sein et prend déjà des premières leçons d'amour. Un exercice dont se souviendront plus tard les amants, lorsqu'ils se dévoreront mutuellement de baisers. Et à belles dents encore ! Jusqu'à plus soif ! Or curieusement ce baiser passionné, ce baiser fou qui appelle le vertige, jamais une société n'a comme la nôtre éprouvé le besoin de le représenter. C'est simple, il est partout : il s'étale insolemment sur les murs de la ville comme il musarde, romantique, entre les pages des magazines.Il nous attend dans les musées. Il prend la pose dans les jardins. Mais, surtout, il triomphe sur l'écran. Il y est roi. Peut-être parce que le cinéma l'a réinventé en même temps qu'il réinventait le visage. Mais peut-être aussi parce que ces lèvres qui s'entrouvrent en gros plan, ces lèvres merveilleuses, vivantes, peintes, frémissantes, évoquent voluptueusement, irrésistiblement d'autres lèvres...