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Christopher Okigbo meurt tragiquement en 1967 sur le front biafrais, au tout début de la guerre civile qui va déchirer le Nigeria. Considéré alors comme l'un des meilleurs poètes de sa génération, il vient d'achever la composition de Labyrinthes. À l'université d'Ibadan, où il a étudié le latin et le grec, il côtoie Wole Soyinka et Chinua Achebe. Ensemble, ils participent à la création du Mbari Club, véritable vivier d'écrivains, de peintres et de sculpteurs, de musiciens et d'acteurs à l'origine d'une nouvelle culture artistique qui, dans les années qui suivent l'indépendance, bouscule les clichés sur l'art africain. L'oeuvre de Christopher Okigbo, inspirée par l'esthétique moderniste de l'emprunt et du collage, s'inscrit dans la lignée de T.S. Eliot ou d'Ezra Pound, tout en puisant dans la richesse de sa culture igbo une matière poétique inégalable. Selon les propres mots de l'auteur, Labyrinthes est «une fable de la quête éternelle de l'homme pour son épanouissement». Il suffit alors d'accepter de perdre son chemin dans ce parcours initiatique et de se laisser guider par la musicalité de ces poèmes, leur rythme incantatoire, l'alternance de leurs répétitions et de leurs silences, pour en goûter l'obsédante beauté. L'accent prophétique des derniers poèmes, écrits dans l'urgence de graves bouleversements politiques, laisse présager l'imminence du désastre. Pour Chimamanda Ngozi Adichie, qui signe l'introduction de ce recueil, «c'était un romantique. Il voulait se battre pour ses convictions». Aujourd'hui encore, ce poète fulgurant devenu figure légendaire des lettres africaines continue d'influencer les jeunes générations.