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Sergueï Dovlatov émigra en 1978.Il quittait une Russie imbibée de vodka, " constitutionnellement délinquante, peuplée de personnages fous, impertinents, violents, faibles, irrémédiablement énigmatiques ". De cette Russie, transplantée dans la communauté émigrée de New York, il a fait un roman irrésistible de drôlerie et de tendresse : L'Etrangère. La Valise raconte sa vie précédente dans la Russie des Soviets, faite de menus épisodes désespérants et cocasses d'absurdité.Quand on part pour ne pas revenir, quand on sait qu'on ne reviendra jamais plus, quel regard a-t-on sur les objets qu'on laisse ? C'est ainsi qu'est né le sujet de La Valise, mosaïque sentimentale qui, derrière la loufoquerie des personnages et des situations, laisse entrevoir l'universalité du chagrin et de la nostalgie. En Russie, tout émigrant n'avait droit qu'à trois valises au moment où il quittait le pays.Trois valises dans lesquelles devait tenir une vie entière. Dovlatov (à la fois narrateur et protagoniste) proteste, mais découvre ensuite que tout ce qu'il a accumulé au cours de sa vie en Russie tient facilement dans une seule valise (" qui plus est, de dimensions plutôt modestes ") : " J'ai examiné la valise vide. Karl Marx au fond. Brodsky sur le couvercle. Et entre les deux une vie foutue, inestimable, unique.J'ai refermé la valise. À l'intérieur les boules de naphtaline ont roulé bruyamment. Des affaires s'amoncelaient en tas bariolé sur la table de la cuisine. Tout ce que j'avais accumulé en trente-six ans, durant toute ma vie en Russie. Je me suis dit : tout est là. Oui, tout était, là. "