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« Dans ce livre que tu vas lire, à la gloire des petites bordelles effrontées et des hoquets de l'Histoire, Esther, une ancienne vierge de Johannesburg, blanche et belle à couper les poumons, fille de personne ou si peu, et devenue putain par nécessité, peut-être aussi par fainéantise, ou par indolence, se fait aimer à la folie d'un potentat africain vieillissant qui en fait son deuxième-bureau pour commencer, et ensuite sa légitime, en se débarrassant de sa vieille épouse vénale et aigrie. [.] Ce roitelet tropical aima tellement son Esther du trottoir que, pour la garder près de lui et satisfaire sa libido ardente sans cesse revigorée par des décoctions de bois-bandé mitonnées par le médicastre du palais, il la laissa, telle cette Esther du Livre, devenir princesse, mener les ministres de la République du bord de mer par le bout du nez, chicoter les excellences costumées et cravatées qui passaient au Palais, chambouler l'ordre bantou établi depuis fatigué, voire depuis kala-kala, vider les caisses de l'État à la brouette pour gaver à la louche les pauvres qui n'en avaient pas l'habitude et s'en rendirent malades, créer une milice de traîne-savates ignares, méchants et sanguinaires, livrer la jolie ville tropicale du bord de mer à la vindicte de la populace déguisée en libérateur idiosyncratique, et foutre un de ces bordels magistraux dont on n'a pas fini de parler dans les chancelleries du pays des Blancs et surtout dans les lointains villages de l'estuaire et de la forêt primaire, le soir à la veillée. » Dans une langue « de malpoli », sorte de pidgin franco-africain exubérant et imagé, Louis-Ferdinand Despreez brosse le tableau très incorrect d'une Afrique excessive en tout, indocile et braillarde. Un roman cruel, grinçant et terriblement réjouissant.