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«Autoportrait d'un honnête homme de notre temps, pavé dans la mare du pessimisme et de la démission, La Prison est aussi un document dans lequel on voit, aux premières heures de la dernière guerre, un bourgeois de gauche brusquement coupé du reste du monde, et confrontant ses souvenirs avec lui-même. À la manière de ces collages qui l'ont rendu célèbre, Adolf Hoffmeister réconcilié dans un même tableau, celui de la solitude peu à peu vaincue par un dialogue en fin de compte imaginaire, la poésie et les mathématiques, les jeux de mots et la philosophie, l'histoire et la politique. Ainsi finit par se dessiner, dans un récit où la clarté de l'exposition ne le dispute qu'au sens aigu de la notation visuelle, le portrait-robot d'un être humain : à la recherche du grand pourquoi et du comment, c'est même en humaniste quasi classique qu'Hoffmeister accepte ses contradictions, qu'il fonde sa confiance, se haussant parfois jusqu'à un véritable plaidoyer pour les intellectuels, sur la raison toujours en éveil de tous de de chacun. En filigrane pourtant, se détache la silhouette sombre de la prison, la prison de la Santé, à Paris, cette ville dans laquelle il devait revenir, une fois la guerre finie, comme ambassadeur de son pays. Adolf Hoffmeister - avec celle de Ji?i Trnka, la moustache la plus populaire de Tchécoslovaquie - ne fait point ici de littérature. Il défend, en lui-même, une certaine conception de l'homme. Il la défend des autres, du nihilisme, de la naïveté excessive, et de la prison.» Dominique Grandmont.