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«Viens. Elles sont là, je veux dire Lady Pryer et sa fille. En les voyant tu perdras tes craintes.» C'est ainsi qu'Antoine Malivais lance innocemment à Julie Gendre l'invitation au malheur. Car Julie redoutait le jour où apparaîtrait, dans la vie du jeune homme qu'elle aimait, cette petite Anglaise, justement celle-là : Cecilia Pryer. Elle la redoutait à la manière des amoureuses inquiètes qui ont besoin de donner un prénom à leur appétit de jalousie. La petite Anglaise a tous les charmes, et l'extrême jeunesse. L'habileté d'une mère est à son service. Elle va vivre des semaines d'été dans l'intimité délicieuse du domaine des Malivais. Et Julie se perd avec une ardeur désespérée. Cette amoureuse prononce alors beaucoup de paroles fâcheuses. Comme dit Dostoïevski, l'auteur préféré d'Antoine Malivais : «Il faut toujours pardonner les paroles fàcheuses, elles consolent l'âme, sans elles la douleur serait insupportable». Le roman de Renée Massip est un miroir qui se promène sur la vie protégée d'une bourgeoisie de province. Les gens de ce milieu ont apparemmenttous les bonheurs et même le luxe de la discrétion. Rien n'y est dit, tout se devine, les rapports humains y ont la grâce cotonneuse des évolutions de nuages. Il n'y a aucune intention, ni sociale ni moralisatrice. C'est un roman d'amour que le lecteur, le livre refermé, peut reconstruire à sa guise en lui donnant le dénouement que son tempérament préfère. La petite Anglaise, elle, a reçu le gâteau qu'elle désirait.