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Le 28 novembre 1888, Octave Mirbeau signe dans le Figaro un article intitulé La Grève des électeurs. Un tel manifeste en faveur de l'abstention serait aujourd'hui impensable. Se définissant lui-même comme « prolétaire des lettres », Mirbeau a un itinéraire politique chaotique. Vendant sa plume ici et là, plus qu'instiller le vice du désengagement, ses articles sapent pourtant systématiquement les fondements de l'ordre social. Il dénonce la mystification du système électoral qui pare de la légitimité du vote les extorsions des puissants. Ce n'est pas l'idée de démocratie que Mirbeau critique mais sa pratique au sein de la République dont les institutions abêtissent l'électeur tout en lui demandant son aval. Son anarchisme fait de l'individu le centre à partir duquel la République doit être interrogée. Il prend à partie l'électeur, qu'il tutoie, sur l'absurdité de sa contribution au grotesque spectacle de sa quête aux suffrages. C'est par l'humour et la dérision que l'écrivain attente à la respectabilité des institutions. Ce qui frappe dans cette critique radicale qui dénonce « la protection aux grands, l'écrasement aux petits » c'est la pérennité de sa pertinence. Si Mirbeau n'érige pas d'utopie, il nous lègue les armes capables de nous défaire du conditionnement qui annihile le plus faible ; vision suffisamment juste pour qu'elle nous dérange encore plus de cent ans plus tard !