Il est des écrivains qui sont des romans à eux tout seuls.L'Orientaliste est une extraordinaire enquête minutieuse et colorée qui se lit comme un roman, surl'écrivain le plus mystérieux du XXème siècle. C'est la fascinante histoire vraie et a priori incroyabled'un juif caucasien qui s'est fait passer pour un prince musulman avant de devenir un auteur àsuccès dans l'Allemagne hitlérienne, un admirateur de Mussolini et un fervent défenseur du régimenazi.Que dissimule ce mystérieux Kurban Saïd qui, au cours de sa courte mais stupéfiante vie pendantl'entre-deux-guerres, devient un écrivain célèbre à travers toute l'Europe en tentant de faireoublier ses origines juives ? Son roman Ali et Nino qui raconte une histoire d'amour en Azerbaïdjan-au moment de la révolution russe- entre un musulman passionné par le désert et une chrétiennesophistiquée éduquée à l'européenne, est un best-seller en 1937. En 1938, suivra La fille de laCorne d'Or. Mais Kurban Saïd est aussi l'auteur, sous le nom d'Essad Bey, de biographies dudernier Tsar Nicolas II, de Lénine, de Staline, ainsi que d'une histoire de l'industrie pétrolière etmême d'une étude de la police secrète russe...Kurban Saïd/Essad Bey naît en réalité Lev Nussimbaum en 1905, de l'union entre un baron dupétrole et une mère révolutionnaire tôt disparue, à Bakou, une ville extravagante sur les rives de lamer Caspienne, construite avec les profits colossaux du pétrole découvert au XIXème. Fuyant larévolution russe et l'arrivée des Bolchéviques à Bakou, Lev et son père se cachent dans unecaravane de chameaux et trouvent enfin refuge à Berlin, en 1921, après s'être arrêtés un temps àConstantinople.Lev Nussimbaum se convertit à l'Islam : Essad Bey est né, écrivain musulman azerbaïdjanaisenturbanné, poignard à la ceinture, qui se met à écrire de manière impressionnante de nombreuxarticles puis des livres ; un total de 14 ouvrages -sans compter les deux romans signés KurbanSaïd - au moment de sa mort en 1942, soit un livre tous les dix mois !C'est à Positano, couché dans son lit de mort qu'il écrit son dernier livre, avec l'aide d'une étrangedemi-mondaine allemande, un trafiquant d'armes algérien et le poète Ezra Pound, sur unedouzaine de cahiers qu'a retrouvés Tom Reiss. Il mourra d'une gangrène, sans ressources et oubliéde tous en Italie, en 1942, après avoir tenté d'entrer dans les grâces de Mussolini, offrant mêmed'écrire une biographie du Duce ; mais il arrive trop tard. Le dictateur italien, pour opportunémentcomplaire à Hitler, vient de faire passer ses lois racistes ; l'identité juive de Kurban Saïd estpubliquement dénoncée.
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