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Interdire le meurtre apparaît comme une évidence et ne fait pas pour nous question. Pourtant, la condamnation du meurtre n'a pas toujours été unanime. Le meurtre a pu trouver des justifications politiques, religieuses, même esthétiques et philosophiques. Les débats contemporains à propos de l'avortement ou de l'euthanasie amènent par ailleurs à s'interroger sur les limites de l'interdit du meurtre, et sur ce qui doit être qualifié de meurtre. Ce double constat conduit à demander, de nouveau : pourquoi, et en quel sens, interdire le meurtre ? Poser cette question ouvre plusieurs chemins. D'abord, est-il possible de justifier l'interdit du meurtre de façon purement rationnelle, sans recourir à aucune conception religieuse touchant la sacralité de la vie humaine, ni à aucun postulat moral hérité par tradition ? Il s'avère que la pensée rationnelle ne vient fonder qu'après-coup un interdit qui est déjà institué dans l'histoire et les sociétés humaines. Mais dès lors, comment penser l'institution d'un interdit qui semble soutenir toute institution ? Y a-t-il un sens à dire que les hommes ont dû s'entendre une bonne fois pour interdire le meurtre, si toute entente présuppose initialement de ne pas s'entretuer ? « Tu ne tueras point » : dans cette directive se fait entendre un défi pour la pensée, tant elle semble se dérober à toute tentative de lui assigner un fondement et une origine.