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«Pour une petite somme d'argent, qui leur donne à peine les moyens de se nourrir, des hommes, qui se croient des êtres libres, se condamnent à un labeur que le maître le plus cruel, au temps du servage, n'aurait pas imposé à ses esclaves.» Ainsi s'exprime Léon Tolstoï dans son pamphlet L'Esclavage moderne. Dans une Russie en plein bouleversement, où les paysans quittent la campagne pour s'entasser en usine, Tolstoï décrit la misère des forçats de l'industrie, accuse la division du travail et l'inégalité criante, tonne contre la puissance d'asservissement de l'argent. Avec toute la vigueur de sa plume acérée, l'anarchiste accuse l'économie politique de justifier cette organisation sociale inhumaine. Il attaque la propriété, défendue par la violence de l'État, mais aussi la surconsommation qui enchaîne les travailleurs à la production d'objets inutiles. Pour Tolstoï, les hommes ne se libéreront qu'en refusant de collaborer au gouvernement et à ses lois iniques. Seule la résistance non-violente peut mettre un terme à l'esclavage moderne.« La situation du peuple ne pourra être améliorée, si les ouvriers comme les gens de la classe riche ne comprennent pas enfin que quiconque veut servir les hommes doit sacrifier son égoïsme et que, s'ils veulent réellement porter secours à leurs frères et non pas satisfaire des convoitises personnelles, ils doivent être prêts à bouleverser leur vie, à renoncer à leurs habitudes, à perdre les avantages dont ils jouissent aujourd'hui, à soutenir une lutte acharnée avec les gouvernements, surtout avec eux-mêmes et avec leurs familles, prêts enfin à braver la persécution par le mépris des lois. » Ce livre a été publié en 1901 aux éditions de la Revue blanche. Oublié depuis, il est pourtant l'un des essais anarchistes majeurs de l'écrivain russe. Cette oeuvre puissante est digne de La Désobéissance civile de Henry David Thoreau ou du Discours de la servitude volontaire d'Étienne de La Boétie.