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Publié six ans après Dans le noir (finaliste en 1997 du prix Fémina/Étranger, et élu peu après par le magazine « LIRE » comme l'un des « 20 livres de l'année »), L'Abîme a reçu à Belgrade le prestigieux prix NIN - l'équivalent de notre Goncourt - et s'est vu comparer par la critique à La Marche de Radestzki du génial Joseph Roth. Roman inscrit dans l'histoire, plutôt que roman historique au sens ordinaire de l'expression, L'Abîme évoque la figure d'un prince malheureux : Mihailo Obrenovic, parvenu pour de bon au pouvoir en 1860 après le règne de son terrible père Miloch ; qui rêva un temps de moderniser son jeune pays échappé depuis peu au joug turc, mais qui entravé par de trop grandes espérances, trahi à la fois par sa volage épouse et par l'Histoire, s'enferma dans une solitude où il finit par s'engloutir. A l'image peut-être de son singulier pays, incapable de surmonter ses frustrations et qui, périodiquement, recourt à la solution du pire : le saut dans l'abîme. Tout l'art de la romancière consiste ici, comme en écho à la chute annoncée, à briser en fragments de miroir l'histoire qu'elle raconte - les lettres de la princesse Julie venant contredire le Journal intime de Mihailo, apporter un éclairage autre à ce qu'on appelle la réalité. cette somme insaisissable éternellement divisée par les regards que chacun porte sur elle. La leçon - on le devine même si l'auteur paraît n'en rien dire - vaut sans doute aussi pour le présent. On a envie d'ajouter, tant le climat de mélancolie du livre tranche avec la tonalité ordinaire des romans inspirés par l'Histoire, qu'elle vaut pour tous les pays et pour tous les temps : puisque l'art de gouverner les destinées humaines, après tout, n'est peut-être rien d'autre qu'un art de mourir.