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Siegfried "Siggy" Kessler. Voici un nom que l'on aime voir ressurgir d'un certain oubli. Pendant trente ans, il a mis tous les bons voyants au vert - on allait entendre un jazz classe, avec un grain de folie unique. Les bons disques d'Archie Shepp, c'était avec lui. Puis il est mort trop tôt - il aura juste manqué au sans-faute d'être le septuagénaire respecté qu'il allait être. Son goût de l'inattendu l'aura emporté. Il est donc d'autant plus plaisant de voir remettre en circulation ce disque-bonus au documentaire de Christine Baudillon, A Love Secret, un beau portrait qui a maintenant quinze ans. Car l'album Incandescence est, justement, un portrait - un autoportrait de l'artiste en savant fou des claviers. Ça le prenait régulièrement. Il n'avait plus besoin de prouver qu'il savait mettre plus d'émotion que n'importe qui d'autre dans Body And Soul, alors il sortait les synthétiseurs, ou il appelait Jean-François Pauvros, ou il invitait des danseurs et des plasticiens, et on changeait d'histoire - ce n'était plus celle du jazz, c'était quelque chose d'aventureux à l'extrême, de foisonnant, d'assez dangereux (l'alcool, le trauma de l'internement de sa mère), qui sentait la cigarette, la mer (qui l'engloutit une nuit de 2007), Stravinski, la brousse...Julien Palomo