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Quoi donc ? Les connaisseurs de musique baroque seront surpris de lire le titre « musique pour basse chiffrée solo ». Cela semble absurde : un continuiste est un accompagnateur, et non un soliste ! C'est pourquoi les titres des oeuvres musicales ne comportent généralement que le terme « basse continue » après une préposition (comme dans « pour flûte et continuo », « pour violon avec continuo »). Dans les rares cas où aucun accompagnement de basse continue n'est souhaité, le compositeur le précise en indiquant « sans » : « senza basso accompagnato ». C'est ce que Bach écrivait en tête de la partition de ses sonates et partitas pour violon seul, afin que ses contemporains comprennent qu'il s'agissait d'oeuvres pour violon seul - c'est-à-dire du genre « sans basse », par opposition aux partimenti, qui sont « sans haut ». En effet, l'époque baroque a produit un nombre respectable de pièces assez obscures dans lesquelles le continuiste est seul. Quelle est l'origine de ce genre, et quel était son but ? Depuis l'époque baroque, le travail du continuiste s'est toujours distingué de celui des autres musiciens classiques. Ces derniers se sont toujours efforcés de reproduire une partition avec le moins d'erreurs possible, cherchant à proposer une interprétation originale et personnelle. Le continuiste, quant à lui, doit constamment improviser la musique presque entièrement, à partir d'une ligne de basse chiffrée. Certaines notes sont numérotées : la « basse chiffrée » rappelle ainsi les grilles d'accords du jazz moderne. Les chiffres indiquent le type d'accord requis, mais ne précisent ni la tessiture du clavier, ni la richesse de l'accord, ni la conduite des voix, les motifs ou les ornements. Dans son ouvrage « Brief Thoroughbass School » (1735), Johann Mattheson écrit : « Ce qui est visible dans une partie de basse chiffrée, ce sont les notes fondamentales numérotées, suggérant des accords invisibles. » La partie visible de cette musique est donc assez limitée. Néanmoins, le continuiste, qu'il soit au clavecin ou à l'orgue, parvient généralement à offrir un accompagnement impeccable en termes d'harmonie et de contrepoint, y ajoutant même une touche personnelle. Tout cela grâce à des réflexes musicaux aiguisés - ce qui nous amène directement au sujet de cet enregistrement. À une époque où le principe même de la basse générale était défini, plusieurs compositeurs italiens commencèrent à proposer à leurs élèves des pièces condensées, destinées à les aider à développer leurs réflexes face aux difficultés spécifiques du jeu de la basse continue. Aucun partenaire n'était prévu : ni violon, ni voix soliste, ni flûte. Il s'agissait d'une musique dépouillée, sans aucun accompagnement superflu : une musique pour basse continue seule, une musique « à nu ». Le genre du partimento était né. (Extrait des notes de pochette originales de Christian Rieger).