L'idée originale de combiner différentes pièces en suites m'est venue de mon amitié avec de grands DJs. J'aime la façon dont les morceaux s'enchaînent, comme sur une mixtape, et comment un nouveau contexte émerge. Mes « Hypersuites » sont des remixes acoustiques de chefs-d'oeuvre baroques. François Couperin (1668-1733) / Hypersuite sur Couperin : Au début de l'« Hypersuite sur Couperin », je joue « Le Tic-Toc-Choc ». Couperin a composé cette pièce pour un clavecin à deux claviers. La recherche d'un piano dont le mécanisme me permettrait de jouer la pièce sur un seul clavier m'a conduit au studio Teldex à Berlin. C'est là que toutes les Hypersuites ont finalement été enregistrées. Lorsque je joue le « Carillon de Cithère » de Couperin, j'imagine une boule à neige avec une maquette de l'île grecque de Cythère. D'abord, la mélodie d'un jouet à remontoir retentit, puis, peu à peu, le globe s'anime : les cloches sonnent, le vent souffle, des mécanismes jazzy se mettent en marche, le monde imaginaire devient réalité. Dans « La Muse », je puise mon inspiration dans le jazz et développe une improvisation assez libre, au gré de l'inspiration. À la fin de la suite, j'invite Liszt, Chopin, Bernstein, Tchaïkovski et d'autres compositeurs au sein du « Musée de Taverni ». Je cite « West Side Story » de Bernstein et rends hommage à Franz Liszt en composant une cadence selon ses techniques de composition. Je conçois le « Musée de Taverni » comme un hommage à l'art pianistique au sens le plus large du terme. Johann Sebastian Bach (1685-1750) / Hypersuite sur Bach : L'« Hypersuite sur Bach » débute par le Prélude BWV 855a. Au début du XXe siècle, elle fut recomposée par Alexander Siloti (1863-1945), cousin de Rachmaninov. Siloti changea la tonalité de mi mineur à si mineur (Bach lui-même considérait le si mineur comme une tonalité sacrée), supprima la mélodie et confia l'accompagnement à la main droite. La pièce acquiert ainsi un merveilleux caractère « cinématographique ». Je réintègre la mélodie perdue du Prélude de Bach dans la deuxième partie, jouée à la main gauche. La boucle est bouclée : Bach - Siloti - Bach. La troisième partie gagne en intensité : je m'inspire des idées visionnaires de Ferruccio Busoni (1866-1924) et confère au piano à queue une sonorité proche de celle de l'orgue. Le choral « Sheep may safe graze » fut écrit par Bach pour une voix de femme accompagnée de flûtes et de basse continue. La transcription pour piano est d'Egon Petri (1881-1962), élève de Busoni. Reproduire une voix humaine au piano ou imiter une flûte vivante et vibrante - comme dans le « Siciliano » BWV 1031 - est toujours un défi. À la fin de l'Hypersuite, je joue le choral « Nun freut euch, lieben Christen g'mein ». J'ai composé une introduction évoquant un chant gospel. Et soudain, ce choral tricentenaire trouve sa place dans l'église moderne. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) / Hypersuite sur Rameau : J'adore Rameau ! Combien de fois ai-je posé ses « Pièces de clavecin » sur mon pupitre et improvisé dessus ! C'était d'ailleurs une pratique courante à l'époque baroque. Jouer la partition à la lettre était considéré comme de mauvais goût, signe d'un manque d'imagination. J'avais souvent l'impression d'engager un dialogue vivant avec un Rameau curieux. L'« Hypersuite sur Rameau » est le fruit de ce dialogue. Sa « Courante » invite à une interprétation jazzy de ses magnifiques harmonies. « La Poule » préfigure l'idée de musique minimaliste. Je m'engage dans ces associations, composant des pièces aux notes répétitives ou travaillant avec différentes vitesses, comme dans « Rappel des Oiseaux ». À la fin de la suite, je joue son morceau « Tambourin », intimement lié à mon histoire personnelle. Je le jouais souvent enfant et, chaque fois que j'entends la mélodie, je me souviens de ma maison où il y avait un piano dans chaque pièce : ma mère enseignait la musique classique dans l'une, mon père le jazz dans l'autre. « Tambourin » reflète ces souvenirs d'enfance avec cette « musique venue d'ailleurs » et une profonde affinité entre le classique et le jazz. George Frideric Handel (1685-1759) / Hypersuite sur Handel : Après une longue journée de répétitions, incluant la Suite en ré mineur HWV 437 de Handel, j'ai retrouvé des amis dans un club où un DJ mixait en direct. Peut-être que le DJ interprétait ses scratches avec une sensibilité particulière ; en tout cas, j'ai soudain réalisé : les ornements, les suspensions, les mordants, ne sont rien d'autre que de petits scratches de musique baroque ! Dès le lendemain, « mon » Haendel s'est paré de ses propres petits « ornements scratches » à la baroque - je les garde toujours délicats, comme s'ils étaient chantés. Le troisième mouvement de la suite - la Sarabande - a une histoire intéressante. C'est l'une des plus anciennes mélodies qui soient. Elle existe depuis le Moyen Âge, voire plus longtemps, et rares sont les compositeurs qui ont résisté à l'envie d'en écrire des variations. « La folia » était à l'origine, littéralement, la danse d'un fou. Elle était dansée par des hommes déguisés en femmes - vite et furieusement. Étonnant qu'en quelques siècles seulement, cet air se soit transformé en musique funèbre. À la recherche de « liens » dans cette pièce, j'ai entrepris de développer ce thème et de montrer comment différents compositeurs, au fil des siècles, ont abordé cette mélodie de manières diverses. Je joue les « Variations Corelli » de Rachmaninov, puis j'enchaîne avec celles du fils de Bach, Carl Philipp Emanuel (1714-1788). Et le voyage à travers le temps se poursuit, jusqu'au compositeur romantique Charles-Valentin Alkan (1813-1888), pour s'achever sur une variation d'« À Rosenlund au temps des sagas » d'Edvard Grieg (1843-1907).
Pays d'Origine : INCONNU