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Longtemps ignoré ou plutôt négligé, l'orientaliste Guy Le Fèvre de La Boderie est aussi l'auteur d'une ample oeuvre poétique dont les trois livres principaux paraissent la même année, en 1578. Deux d'entre eux sont depuis quelque temps accessibles au lecteur moderne. Voici le troisième. Constatant le succès du Psautier protestant, Guy veut s'« opposer au chant pipeur des Sirènes » en proposant un hymnaire en français, c'est-à-dire en traduisant un ensemble imposant d'hymnes chrétiennes dont beaucoup appartiennent déjà au Bréviaire, mais dont d'autres lui semblent pouvoir contribuer à nourrir la ferveur des fidèles. S'il participe ainsi au puissant renouveau de l'hymnologie chrétienne à la Renaissance, il veut, pour sa part, mettre à son service les multiples ressources de la poésie française et il ne craint pas d'expérimenter des formes et des mètres nouveaux. De plus, convaincu du pouvoir de « la douceur du vers et chant », il formule l'espoir que quelques bons musiciens s'emploieront à donner l'âme à cette poésie comme lui-même lui a donné le corps.